Keilim, chapitre 28, Michna 4. Il est question ici de la housse de tissu dans laquelle on garde un Sefer Torah. C'est une pièce d'étoffe plate, qui ne forme aucun récipient, et que l'on enroulait autour du rouleau. Pour saisir le débat de cette michna, il faut un principe : un ustensile plat destiné à servir un autre objet, et qui ne rend aucun service directement à la personne, n'est absolument pas susceptible de contracter la toum'a. La question que rapporte notre michna est de savoir si la housse d'un Sefer Torah entre dans cette catégorie, et là, Beit Chamaï, Beit Hillel et Rabban Gamliel adoptent chacun une position différente.
La michna s'ouvre par les mots "Mitpe'hot sefarim", les tissus dans lesquels on garde les rouleaux. À leur sujet, Beit Chamaï tranchent qu'ils peuvent contracter la toum'a, "bein metsouyarot", qu'on y ait brodé des motifs, "bein che'einan metsouyarot", ou qu'ils soient entièrement unis, et la michna rapporte leur avis ainsi : "temeot, kedivrei Beit Chamaï". Ce qui fonde cette décision, c'est qu'en pratique une telle housse rend bel et bien service à celui qui la manipule. Imaginez un homme en pleine étude que l'on appelle : il pose le tissu à l'endroit où il s'était arrêté, afin de reprendre à son retour exactement là où il avait laissé. Pour Beit Chamaï, un usage de ce genre fait du tissu un objet dont la personne se sert pour ses propres besoins, et tout ce qui sert aux besoins d'une personne fait partie des ustensiles susceptibles de devenir tamé.
Beit Hillel distinguent les cas : "metsouyarot tehorot, veche'einan metsouyarot temeot". Une housse décorée reste tehora, car une housse décorée n'existe manifestement que dans un seul but, couvrir le rouleau, et non pour rendre un quelconque service à la personne. Le fait même qu'on l'ait brodée et ornée nous dit comment on la considère : personne n'irait prendre une telle pièce pour marquer sa page dans son étude. Lorsqu'on l'étend sur le Sefer Torah, c'est par honneur pour le rouleau, et non pour un besoin personnel. En revanche, une housse sans décoration, disent Beit Hillel, est susceptible de contracter la toum'a, parce qu'un tissu uni sert aussi à d'autres usages, des usages qui, eux, rendent service à celui qui le manipule, et c'est cela qui lui donne l'aptitude à recevoir la toum'a.
Le troisième et dernier avis est celui de Rabban Gamliel : "elou va'elou tehorot". Les deux sortes de housses, décorée comme non décorée, restent tehorot. Selon lui, la fonction essentielle de toute housse de ce type est de couvrir le rouleau, et dès lors que c'est là son rôle définissant, on ne l'affectera guère à d'autres usages, même lorsqu'elle ne porte aucune décoration. Puisqu'elle ne sert donc pas la personne, elle n'entre jamais dans la catégorie des ustensiles pouvant devenir tamé.
Cette brève michna nous offre ainsi trois lectures d'un simple morceau de tissu. Beit Chamaï regardent la manière dont on s'en sert effectivement au beit hamidrach et y voient dans tous les cas un objet d'usage humain ; Beit Hillel laissent la décoration elle-même témoigner de la destination du tissu et distinguent en conséquence ; et Rabban Gamliel fixe l'identité de la housse d'après sa fonction première, le service du Sefer Torah, et tranche qu'elle demeure tehora dans tous les cas.