Keilim, chapitre 7, mishna 4. Ce chapitre traite de la toum'a de la kira, le foyer de terre cuite, ainsi que des différentes parties et annexes qui l'entourent. L'une de ces annexes est le hatsar hakira, littéralement la "cour" du foyer : un rebord ou une tablette située le long du foyer, où l'on posait les objets pendant la cuisson. La mishna précédente parlait d'une telle cour construite d'un seul bloc avec la kira. Notre mishna aborde le cas où la cour constitue une pièce séparée, posée à part et non rattachée physiquement à la kira, puis elle passe à un tout autre sujet : les petits pieds sur lesquels la kira reposait.
La Mishna commence ainsi : "hayeta meforéchet min hakira, bizman chéhigbiha chaloch etsba'ot, mitamé bemaga ouvé'avir" : si la cour était séparée de la kira et non rattachée à elle, alors dès lors que son rebord s'élève de trois largeurs de doigt, elle est considérée comme un ustensile de terre cuite à part entière, et elle devient tamé aussi bien par contact direct que par son espace intérieur. Les kelim de terre cuite ont cette particularité : une source de toum'a suspendue dans leur espace intérieur les rend tamé même sans les toucher.
Pourquoi la cour détachée partage-t-elle le sort de la kira ? Parce que toutes deux servent une seule et même fonction. La cour existe pour la cuisson qui se fait sur la kira, et la halakha regarde la manière dont les pièces fonctionnent, et pas seulement le fait qu'elles soient scellées l'une à l'autre. Même sans aucune liaison physique, la cour est traitée comme appartenant à la kira, exactement comme nous l'avons vu plus haut dans la massekhet à propos de la cour d'un four. Conséquence pratique : si l'une des deux contracte la toum'a, l'autre la contracte également.
Deux situations sont ensuite exclues. Dans les termes de la Mishna, si le rebord est "pahot mikan", plus bas que cette mesure, "o chéhayeta halaka", ou bien parfaitement lisse, sans le moindre bord relevé, alors "tehora" : la toum'a n'a aucune prise sur elle. Une telle pièce reste entre deux et n'appartient à aucune des deux catégories. D'un côté, elle n'a été façonnée que pour servir la cuisson faite sur la kira ; de l'autre, elle est bien trop insignifiante pour être comptée comme une kira à elle seule. Faute d'avoir le statut d'ustensile indépendant, la halakha la laisse pure.
Pitpouté kira : les pieds du foyer
La Mishna passe maintenant au statut des petites pattes situées à la base de la kira, les pitpouté kira. Le foyer était souvent posé à même le sol, mais on le munissait de ces petits pieds afin que ses parois ne reposent pas directement sur la terre. En règle générale il y en avait trois, ce dont un foyer a besoin pour tenir droit et en équilibre.
Au sujet de ces pieds, la Mishna tranche : "chelocha chel chaloch etsba'ot, mitam'in bemaga ouvé'avir". Trois pieds mesurant trois largeurs de doigt de hauteur font partie du foyer lui-même, si bien que la toum'a les atteint par contact comme par l'espace qu'ils enferment. Si un chérets tombe dans l'espace clos entre les trois pieds, ceux-ci contractent la toum'a, et le foyer qui repose sur eux est entraîné dans cette toum'a aussi.
La suite dit "pahot mikan", des pieds plus bas que cette mesure, et à leur propos la Mishna déclare "kol chékén hén temé'in" : ils sont susceptibles à plus forte raison. Plus le pied est court, plus il est évident qu'il n'est rien d'autre qu'une partie du foyer ; il va donc de soi que sa toum'a suit celle du foyer.
Un dernier point clôt la Mishna : "va'afilou hén arba'a", un foyer posé sur quatre pieds n'est pas différent, et chacun d'eux reçoit la toum'a. Puisque trois pieds suffisent à un foyer pour tenir fermement, on aurait pu soutenir qu'un quatrième ne sert à rien et devrait être écarté comme négligeable. La Mishna refuse ce raisonnement. Aucun pied n'est désigné comme un ajout superflu à ignorer ; l'ensemble devient tamé avec le foyer.