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Keilim, chapitre 3, Mishna 4 : une jarre fissurée, une jarre recollée, et le tesson qui contient un revi'it

Keilim, chapitre 3, Mishna 4. La mishna précédente traitait d'un ustensile de terre cuite encore entier, d'une seule pièce, mais qui s'était percé. Notre mishna aborde une question parallèle, prise dans l'autre sens : un ustensile qui reste techniquement d'une seule pièce, mais tellement fissuré et affaibli qu'il est au bord de l'effondrement. Le fait de le rafistoler lui rend-il son aptitude à recevoir la toum'a ? Et qu'en est-il d'un ustensile déjà brisé dont on rassemble les tessons ?

Une jarre que seul un enduit maintient

La mishna commence : "Havit shenitra'a", une jarre de terre cuite qui s'est fissurée. Les fissures l'ont rendue si fragile qu'elle ne peut même plus contenir un demi-kav de figues. Dans cet état, la jarre est tehora, car un ustensile trop faible pour remplir sa fonction n'est plus, fonctionnellement, un récipient susceptible de toum'a.

Or, avant que la jarre ne se disloque effectivement, son propriétaire l'a traitée : "outfalah begelalim", il a enduit sa paroi extérieure de fumier. Une fois l'enduit sec, il relie les parois fissurées entre elles et consolide toute la jarre.

Au sujet d'une telle jarre, la mishna tranche : "af al pi shenotel et hagelalim vehaharassim noflin", même si la détérioration est allée si loin que retirer l'enduit ferait aussitôt s'écrouler la jarre, si bien que seul le fumier retient les tessons en place, elle est temé'a : elle est considérée comme un ustensile complet et peut devenir tamé.

La raison : "mipné shelo batal shem keli mé'aleha", parce qu'elle n'a jamais perdu son statut d'ustensile. Certes, dans son état d'affaiblissement, elle était devenue tehora et ne pouvait plus recevoir la toum'a. Mais elle ne s'est jamais disloquée : elle est restée une jarre unique et entière, et le nom de "jarre" ne l'a jamais quittée. Puisque le titre d'ustensile n'a jamais été perdu, dès l'instant où l'enduit lui rend sa solidité et qu'elle peut de nouveau supporter une charge, c'est une jarre complète qui reçoit la toum'a. Même si les parois elles-mêmes continuent de s'affaiblir, c'est l'enduit séché qui fait le travail de maintenir l'ustensile, et cela suffit à lui rendre son aptitude à la toum'a.

Cela découle du principe de la halakha précédente : tant que l'ustensile est entier et porte encore le nom d'ustensile, une réparation le réintègre dans la catégorie de keli pour les lois de toum'a. Remarquons aussi que la mishna a délibérément choisi le fumier comme matière de réparation. Le fumier n'a pas le même statut que l'argile, et pourtant, dès lors qu'il réussit à maintenir la jarre, celle-ci devient susceptible de toum'a. La décision ne dépend donc pas du matériau employé pour la réparation.

Une jarre qui s'est réellement brisée

La mishna oppose maintenant la jarre qui ne s'est jamais disloquée à celle qui s'est effectivement brisée. "Nishbera vedibek mimena harsit", la jarre s'est brisée et l'on a recollé ensemble ses propres tessons, "o shehévi harsit mimakom aher", ou bien l'on a apporté des tessons d'ailleurs et on les a assemblés en forme de jarre, "outfalan begelalim", puis on les a enduits de fumier pour que la structure tienne solidement.

La décision : "af al pi shenotel hagelalim vehaharassin omdim, tehora". Même ici, où les tessons ont été joints si solidement qu'ils resteraient debout d'eux-mêmes si l'on ôtait l'enduit, la jarre est tehora.

Ici, le raisonnement de la mishna est exactement inversé : "mipné shebatal shem keli mé'aleha", le titre d'ustensile était déjà tombé à l'instant de la brisure. Aucun collage, aucun enduit de fumier ne peut restituer ce qui a été perdu à ce moment-là. Ce que nous avons devant nous n'est qu'un assemblage de fragments disposés en forme de jarre, et aucun agencement de fragments ne recrée le keli qui existait auparavant. D'où la règle : dès l'instant de la brisure, l'ustensile est tahor définitivement, et ni collage ni réparation ne le rendront plus jamais susceptible de toum'a.

Un cas est exclu. Si les tessons ont été enduits d'argile puis remis au four pour être cuits à nouveau, le statut change bel et bien, car la cuisson produit véritablement un ustensile : c'est un keli neuf. Notre mishna ne parle que d'un montage de fortune, des tessons brisés rafistolés avec de l'argile, du fumier ou un adhésif, et un tel rafistolage n'a pas le pouvoir de rendre à l'ustensile son statut d'antan.

Quand un tesson contient un revi'it

Jusqu'ici, la mishna traitait d'une jarre dont chacun des tessons était trop petit pour recevoir la toum'a par lui-même. La dernière partie traite d'une jarre reconstituée dont l'un des tessons était assez grand pour constituer un ustensile à lui seul.

"Haya bah heres mahazik revi'it", l'un des morceaux collés dans la jarre reconstituée est lui-même assez grand pour contenir un revi'it de liquide. Un fragment de cette taille possède le statut d'ustensile de plein droit, si bien que, déjà lorsqu'il gisait seul, avant que quiconque n'assemble la jarre, il pouvait contracter la toum'a et la transmettre à tout aliment ou boisson entrant en contact avec lui.

La mishna tranche : "koulah metamé bemaga". Si la toum'a atteint ce grand fragment, toute la jarre reconstituée, y compris les morceaux plus petits qui y sont collés, transmet la toum'a aux aliments et aux boissons par contact. "Oukenegdo metamé ba'avir", mais la toum'a par l'espace intérieur de l'ustensile n'opère que dans le creux de ce seul fragment, la zone délimitée par ses propres parois, et nulle part ailleurs dans la jarre.

Le raisonnement est clair. Ce fragment de belle taille a conservé son statut de keli tout du long ; il était susceptible de toum'a et la transmettait par son espace intérieur avant même qu'on n'y colle quoi que ce soit, et le rattachement des autres morceaux n'y change rien. Les fragments plus petits, comme nous l'avons appris, ne comptent nullement comme ustensiles de terre cuite, la toum'a par l'espace intérieur leur est donc inaccessible. Leur rôle est celui d'un yad, une poignée au service du grand fragment auquel ils sont fixés. Et puisque les poignées d'un ustensile de terre cuite ne transmettent la toum'a que par contact et jamais par l'espace intérieur, il en va de même pour ces morceaux collés : attachés à un fragment tamé qui n'a jamais perdu son statut, ils transmettent la toum'a bemaga, par contact, et rien de plus.