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Keilim, chapitre 12, Michna 4 : l'aiguille du saigneur, le cadran solaire et l'armoire des broyeurs de fèves

Keilim, chapitre 12, michna 4. Ce chapitre se penche sur de petits objets en métal et sur des pièces détachées d'appareils plus grands, en posant chaque fois la même question : la pièce que nous avons devant nous est-elle un keli à part entière, susceptible de recevoir la toumah, ou n'est-elle qu'un accessoire au service d'autre chose ? Notre michna présente quatre cas de ce type : une pointe utilisée par le saigneur, une pointe fixée dans un cadran solaire, une pointe appartenant au tisserand, et une armoire de rangement employée par ceux qui broyaient les fèves.

Le premier cas de la michna tient en trois mots : "masmer hagara tamé". Le gara est celui qui pratique la saignée, et son masmer était une petite lame acérée avec laquelle il perçait le bras du patient afin d'en faire sortir le sang. Un tel instrument peut contracter la toumah. Remarquons qu'il ne contient absolument rien et n'enferme aucun espace ; il est pourtant en métal, et pour le métal cela ne pose aucun problème : un ustensile de métal devient susceptible de toumah sans le moindre réceptacle, du moment qu'il rend un véritable service entre les mains de l'homme.

La michna poursuit : "vechel even hachaot tahor" : mais la pointe d'un cadran solaire est tehorah. Un cadran solaire de cette époque était une tige de métal dans laquelle on enfonçait des pointes ; à mesure que le soleil traversait le ciel, l'ombre qui tombait sur telle ou telle pointe indiquait l'heure du jour. La pointe n'est donc rien de plus qu'un repère. Elle n'effectue aucun mouvement et n'accomplit aucun travail propre ; c'est pourquoi, selon le premier avis, elle n'est pas considérée comme un keli capable de recevoir la toumah.

"Rabbi Tsadok metamé" : Rabbi Tsadok n'est pas d'accord et décide que la pointe du cadran solaire peut bel et bien devenir temeah. À ses yeux, le fait que la pointe ne bouge pas n'est pas déterminant. Elle remplit une fonction réelle, celle de marquer les heures, et cette fonction suffit à lui conférer le statut de keli.

Vient ensuite la pointe utilisée dans le métier du tisserand. Il s'agit ici d'une longue tige de métal que le tisserand enfonçait dans une bobine de bois, autour de laquelle on enroulait ensuite le fil, les deux accomplissant ensemble leur tâche sur le métier. La décision : "masmer hagardi tamé", cette pointe aussi peut contracter la toumah. On aurait pu penser le contraire, car la tige est fixée dans du bois, et cette bobine de bois ne peut pas elle-même devenir temeah puisqu'elle n'enferme rien. La tige ne perd pourtant pas son identité dans le bois qui l'entoure. Elle est vue comme l'élément essentiel de l'instrument, et elle conserve donc son statut de keli de métal à part entière.

Le dernier cas concerne une armoire propre à un métier précis : les garossot, les ouvriers qui broyaient les fèves. Une fois le broyage terminé, on conservait la marchandise dans cette armoire, un meuble volumineux et lourd que personne ne déplaçait d'un endroit à l'autre. Là-dessus la michna rapporte une controverse, en ouvrant par "ve'aron chel garossot, Rabbi Tsadok metamé". Rabbi Tsadok soutient que le coffre des broyeurs de fèves devient bien susceptible de toumah, car il est en bois et il contient sa marchandise à l'intérieur.

"Vachachamim metaharin" : les Chachamim décident qu'il est tahor. Leur raisonnement est que cette armoire n'a jamais été destinée à être transportée. La halachah, déduite des pessoukim, est qu'un keli de bois qui n'est pas conçu pour être déplacé ne peut pas devenir tamé, quelle que soit la qualité du réceptacle qu'il possède.

Un détail supplémentaire est ajouté. L'armoire reposait sur un chariot, mais non pour qu'on puisse la rouler quelque part ; le chariot ne servait qu'à la maintenir stable là où elle se trouvait, et l'armoire ne bougeait pas. À ce sujet la michna décide : "hayeta agala chela", si le chariot qui se trouvait dessous était "chel matechet", en métal, alors "temeah", ce chariot est susceptible de toumah. Puisqu'il ne sert pas d'auxiliaire au coffre de bois posé sur lui, on l'évalue de façon indépendante, et en tant qu'instrument de métal il est capable de contracter la toumah.

Cette michna nous apprend donc à examiner attentivement chaque pièce d'un instrument et à demander ce qu'elle est réellement : un keli de métal qui travaille, un simple repère, la partie principale d'un appareil, une installation de bois immobile, ou encore un objet autonome qui se trouve simplement placé sous autre chose. La réponse à cette question détermine tout.