Kelim, chapitre 13, michna 3. Ce chapitre poursuit l'examen des ustensiles de métal brisés ou abîmés, en demandant chaque fois s'il subsiste assez de l'objet pour qu'il soit encore tenu pour un kli en état de fonctionner, donc susceptible de recevoir la toumah. Notre michna aborde deux nouveaux outils de ce type : une bêche servant à creuser et une hache à deux têtes.
Le 'hir'hour
Le premier outil est le 'hir'hour, une bêche avec laquelle on creuse la terre. Son tranchant est renforcé par un rebord, et ce rebord est aiguisé afin de pouvoir couper les racines qui, sans cela, gêneraient le passage de la charrue.
Voici la règle elle-même : « 'hir'hour shenifgam, tamé ad sheyinatel roubo », une bêche ébréchée reste tamé jusqu'à ce que la plus grande partie en soit ôtée. Une bêche dont un éclat s'est détaché, que la perte provienne du tranchant lui-même ou du rebord de renfort qui le longe, n'a pas encore quitté la catégorie de kli, et la toumah continue de la saisir. Elle cesse d'y être susceptible seulement lorsque la plus grande partie de ce tranchant ou de ce rebord a disparu. La limite est fixée à la majorité : tant que la moitié est en place, la bêche fait encore son travail de creusement, mais dès qu'il en manque davantage, il ne reste plus rien pour creuser, et un instrument incapable d'accomplir le moindre travail ne devient pas tamé.
La michna passe maintenant à une autre partie du même outil. Le manche du 'hir'hour s'emboîte dans une douille fixée à la lame. Quelle est la halakha si cette douille elle-même a été endommagée, de sorte que le manche ne peut plus y être fixé correctement ?
« Nishberah makoufato, tahor » : si la douille s'est brisée, la bêche est tahor. Sa lame peut être parfaitement intacte, mais sans douille il n'y a aucun moyen d'y attacher un manche convenable, et une bêche qu'on ne peut pas tenir ne peut pas creuser. Puisqu'elle ne peut plus du tout remplir sa fonction, elle n'est plus un kli et ne reçoit pas la toumah.
Le kardom
Le second outil est le kardom, une hache munie d'une lame à chacune de ses extrémités. L'une des deux est une lame large, du genre que les charpentiers utilisent pour abattre et équarrir le bois. L'autre est étroite, et son travail consiste à fendre les bûches en morceaux.
Comme cet outil possède deux tranchants actifs, la perte de l'un d'eux ne met pas fin à son utilité. « Kardom shenital oushpo, tamé mipné beit biko » : si la large lame à abattre a été enlevée, la hache demeure susceptible de recevoir la toumah, en raison de la lame étroite qui subsiste et qui est toujours propre à fendre le bois.
Le cas inverse donne la règle inverse : « nital beit biko, tamé mipné oushpo ». Lorsque c'est l'extrémité fine, celle qui fend, qui a été ôtée, la hache reçoit encore la toumah à cause du large tranchant à équarrir, qui reste entièrement utilisable. Un seul tranchant survivant, quel qu'il soit des deux, suffit pour que l'instrument garde son statut de kli.
Ici encore, cependant, la michna se termine par la douille : « nishberah makoufato, tahor ». Si la douille s'est brisée, c'est-à-dire l'ouverture dans laquelle on insère le manche de la hache, le kardom est tahor. Aucune de ses deux lames, aussi tranchante et intacte soit-elle, ne peut rien accomplir sans un manche pour la manier. Ayant perdu toute capacité de fonctionner, l'outil n'est plus considéré comme un ustensile, et il est donc tahor.
Les deux moitiés de la michna enseignent ainsi un même principe par deux voies. Un outil qui conserve l'une quelconque de ses fonctions de travail, qu'il s'agisse de la moitié d'un tranchant sur une bêche ou de l'un des deux tranchants d'une hache, reste un kli et reçoit encore la toumah. Mais l'atteinte à la douille, le point où l'outil rencontre la main qui s'en sert, disqualifie d'un seul coup l'instrument tout entier, aussi intact que soit tout le reste.