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Keilim, chapitre 25, Mishna 3 : un ustensile au fond creux

Keilim, chapitre 25, Mishna 3. Tout ce chapitre s'organise autour de la règle d'a'horayim vatokh, la distinction que les 'Hakhamim ont établie entre l'extérieur d'un ustensile et son intérieur. Notre mishna s'interroge sur un keli dont le fond est creux, si bien qu'en le retournant ce fond peut lui-même servir de petit récipient. Ce fond compte-t-il comme faisant partie de l'extérieur de l'ustensile, ou bien le fait qu'il puisse contenir quelque chose lui confère-t-il le statut d'un intérieur ?

Rappelons d'abord le principe de fond. Les 'Hakhamim ont décrété qu'un liquide tamé qui touche l'intérieur d'un keli rend l'ustensile entier tamé, intérieur et extérieur. Mais si ce liquide n'a touché que la surface extérieure, la toum'a reste là où elle s'est posée : l'extérieur est tamé et l'intérieur demeure tahor. Notre question porte sur une partie de l'ustensile qui est bel et bien son extérieur, et qui pourtant, à l'occasion, est utilisée comme un intérieur.

Les ustensiles de la mishna

La mishna énumère une série d'ustensiles : "Middot yayin vashémen", les mesures graduées avec lesquelles on vend le vin et l'huile ; la zomalistera, un instrument double portant une cuillère à une extrémité et une fourchette à l'autre ; "oumessanénet shel 'hardal", le tamis à travers lequel on filtre la moutarde ; et "meshamérét shel yayin", le filtre de tissu pour le vin. De tous ceux-là la mishna tranche : "yesh lahén a'horayim vatokh", chacun possède un extérieur et un intérieur.

Quelle partie compte comme le tokh, l'intérieur ? La cavité avec laquelle l'ustensile a été fabriqué pour accomplir sa fonction. Toute autre surface, y compris le fond creux, appartient aux a'horayim, l'extérieur. Il est vrai qu'une personne peut de temps à autre retourner le keli et se servir de la cavité de son fond comme récipient, mais un tel usage est inhabituel, et un usage inhabituel ne confère pas à une surface le statut d'intérieur. Le fond garde donc son classement ordinaire de partie extérieure. Telle est l'opinion de Rabbi Meïr : divré Rabbi Meïr.

Rabbi Yehouda n'est pas d'accord

"Rabbi Yehouda omér : ein lahén." Rabbi Yehouda soutient que ces ustensiles ne sont pas du tout soumis à la règle de l'extérieur et de l'intérieur. À ses yeux, le fond ici ne sert pratiquement jamais de récipient ; on ne retourne tout simplement pas ces ustensiles pour les employer ainsi. Puisque le fond n'a aucun rôle indépendant, le keli ne se divise pas en deux zones. C'est un seul ustensile avec une seule fonction sur toute son étendue. Par conséquent, si un liquide tamé touche l'ustensile en n'importe quel endroit, l'ustensile entier devient tamé, car il n'existe pas d'"extérieur" distinct dont la toum'a pourrait être contenue.

La position intermédiaire de Rabbi Shimon

"Rabbi Shimon omér : yesh lahén." Rabbi Shimon tranche que ces ustensiles relèvent bien de la loi d'a'horayim vatokh, mais seulement en partie. Pour ce qui concerne les aliments posés à l'intérieur de l'ustensile, la distinction tient : "nitme'ou mé'a'horeihén, ma shebetokhan tahor." Si l'extérieur, c'est-à-dire ce fond, a contracté la toum'a d'un liquide tamé, l'aliment qui se trouve dans l'ustensile reste tahor. L'intérieur est considéré comme intact pour ce qui est de son contenu.

L'ustensile lui-même, en revanche, n'est pas divisé. Dès lors que le liquide tamé a touché l'extérieur, l'ustensile entier devient tamé, intérieur compris, "vetsarikh lehatbil", et il doit être immergé dans un mikvé pour être purifié.

Le résultat est un équilibre soigneusement mesuré. Là où un ustensile constitue un objet unique et indivisé, sans véritable intérieur, l'allègement d'a'horayim vatokh n'a rien sur quoi s'appliquer, et la toum'a survenue sur n'importe quelle partie se propage à l'ensemble. Là où un ustensile possède un intérieur réel, il existe des cas où l'intérieur est épargné alors que l'extérieur devient tamé. Rabbi Shimon applique ici cet allègement de façon limitée : l'aliment contenu dans l'ustensile reste tahor, tandis que le keli lui-même devient tamé et nécessite une immersion.