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Keilim, chapitre 21, Mishnah 3 : quelles parties d'un outil en font vraiment partie

Keilim, chapitre 21, Mishnah 3. Ce chapitre traite d'une question très concrète, qui se pose sans cesse avec les outils de travail : lorsqu'une personne touche une partie d'un outil dont une autre partie est tamé, la toumah passe-t-elle jusqu'à elle ? Un outil est souvent un assemblage de plusieurs pièces, et la Mishnah nous apprend à distinguer entre une pièce qui constitue véritablement un élément du keli et une pièce qui se trouve simplement à côté, maintenue de façon lâche le temps que dure le travail. Notre mishnah applique cette distinction à la scie du charpentier, à la presse, à la vrille, à l'arc et au piège.

La scie à archet et ses poignées

L'outil dont il est question est la meguerah, une scie à archet. Sa partie coupante est une longue lame, et l'artisan la saisit à deux mains, une à chaque extrémité, en faisant coulisser la lame d'avant en arrière dans le bois.

La Mishnah commence ainsi : "Hanoguéa beyad meguerah mikan oumikan, tamé." Si la lame de la scie à archet est tamé et qu'une personne saisit les poignées fixées à ses deux extrémités, elle devient tamé. Ces poignées ne sont pas des accessoires posés près de la lame : elles font partie du keli lui-même, elles sont précisément l'endroit où l'on est censé le tenir. Les toucher, c'est toucher la scie.

Les pièces qui ne sont fixées que de façon lâche

La Mishnah énumère ensuite des parties de cette même scie, ainsi que d'autres outils, pour lesquels la règle est différente : "Bahout ouvamechihah, ba'amah ouvahasenifin, bamahbech chel harach, ouvakachtanit, tahor."

  • Hahout vehamechihah : la corde ou la sangle attachée le long de la partie supérieure de la scie, qui maintient tout le cadre sous tension.
  • Ha'amah : la barre de bois qui court sur toute la longueur de la scie et relie ses deux extrémités.
  • Hasenifin : le morceau de bois qui sert à tordre et à serrer cette corde, afin que la lame soit bien tendue.
  • Mahbech chel harach : la presse du charpentier. On plaçait une planche entre ses madriers et on serrait la vis, ce qui aplatissait et redressait la planche. Ici, une personne touche les madriers de la presse alors que la vis elle-même est tamé.
  • Kachtanit : une vrille, l'ancêtre de notre perceuse. Une mèche ou une lame est montée sur un manche, et l'artisan fait tourner le manche coudé pour que la mèche perce un trou.

Dans chacun de ces cas, celui qui touche ces pièces reste tahor, bien que ce qu'il touche soit rattaché à une partie porteuse de toumah. La raison tient à la nature de l'assemblage : ces pièces sont maintenues de façon lâche, ajustées et serrées pour la durée du travail, puis relâchées. Elles ne sont pas fixées à demeure, et une pièce simplement appliquée temporairement contre l'outil n'est pas considérée comme un élément de cet outil. Du point de vue de la toumah, elles demeurent des objets distincts.

Rebbi Yehoudah et le cadre de la grande scie

"Rebbi Yehoudah omer : af hanoguéa bamalben chel massor hagadol tahor." Rebbi Yehoudah ajoute un cas à la liste : celui qui touche le cadre de bois de la grande scie reste également tahor, même lorsque la lame elle-même est tamé. Son raisonnement suit le même principe. Le cadre n'est pas solidaire de la lame de façon permanente, si bien que les deux ne sont pas traités comme une entité unique en matière de toumah.

L'arc et sa corde

"Hanoguéa bayeter ouvakechet, af al pi chehi metouhah, tahor." Imaginons un archer qui a placé une flèche tamé sur son arc et tiré la corde en arrière. Une deuxième personne pose alors la main sur la corde, ou sur le bois de l'arc lui-même. Elle reste tahor. À cet instant, les deux objets sont bel et bien pressés l'un contre l'autre et servent manifestement une seule et même fin, et pourtant ils n'ont jamais été attachés ensemble. Être en contact, même d'un contact voulu et sous tension, n'équivaut pas à être fixé, et deux objets qui ne se rejoignent que pendant l'exécution d'une tâche ne comptent pas comme un seul corps au regard de la toumah.

Le piège à taupes

"Messodat ha'ichout tehorah." Un piège construit pour attraper les taupes reste tahor. À l'intérieur se trouve une tige, la flèche qui se détend sur l'animal quand le piège se déclenche. Si cette tige contracte la toumah, le piège n'en est pas affecté, car la tige ne compte pas parmi les éléments propres du piège, et la toumah n'a donc aucun chemin pour passer d'elle au piège.

Rebbi Yehoudah tranche autrement : "kol zman chehi metouhah, hibour." Tant que la corde est tendue avec la tige engagée dedans, il considère les deux comme reliés, si bien que la toumah de la tige se transmet au piège. Selon lui, une tige installée dans un piège armé est serrée fermement et maintenue sous une véritable pression, précisément pour que le piège remplisse sa fonction, et une liaison d'une telle force suffit à faire des deux un objet unique.

Le fil conducteur de toute la mishnah est donc un seul critère, appliqué encore et encore : cette pièce est-elle fixée dans le keli, ou repose-t-elle simplement contre lui pour le moment ? Les poignées de la scie sont le keli ; sa corde, sa barre et sa cheville de serrage ne le sont pas. L'arc ne fait pas un avec la flèche qu'il lance. Et à propos du piège à taupes, Rebbi Yehoudah nous enseigne que lorsqu'une pièce est maintenue fermement sous tension dans le fonctionnement même de l'outil, cette tension peut à elle seule suffire à les rendre un.