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Keilim, chapitre 15, michna 3 : le tamis seul, hors de son cadre

Keilim, chapitre 15, michna 3. Cette michna porte notre attention sur le tamis à farine, un ustensile composé de deux parties distinctes : un cadre de bois et une toile de crin tendue à l'intérieur. À première vue, un tamis ne ressemble guère à un récipient, puisque toute sa fonction consiste précisément à laisser passer la farine. Pourtant, la toile retient bel et bien quelque chose : elle arrête le son grossier et les impuretés qu'il faut séparer du mélange. Parce qu'elle retient ce qu'elle est censée retenir, la michna la considère comme un véritable réceptacle, susceptible de contracter la toumah même au niveau de la Torah.

La question posée par notre michna est plus précise : quel est le statut de la toile seule, une fois qu'on l'a retirée de son cadre de bois ? Reste-t-elle un kéli, ou n'est-elle plus qu'un morceau détaché d'ustensile, semblable au fragment d'un objet brisé ?

Le tamis du professionnel

La michna commence : "Nafah chel salatin tamé", la toile de crin appartenant au tamis de ceux qui tamisent la farine à titre professionnel est susceptible de contracter la toumah, et cela reste vrai même lorsque la toile a été sortie de son cadre. Ce retrait ne la réduit pas au statut d'ustensile brisé, car chez le professionnel il fait simplement partie de la manière d'utiliser l'ustensile. Celui qui tamise de grandes quantités de farine soulève régulièrement la toile pour en dégager le son et les débris coincés dans les mailles, puis la remet en place. Le tamis est conçu pour être démonté et remonté. Une toile hors de son cadre n'est donc pas un objet ruiné mais une pièce active d'un ustensile en service, en attente entre deux utilisations, et elle conserve son aptitude à devenir tamé.

Le tamis de la maison

La michna poursuit : "Vechel baalé batim tahor", mais la toile du tamis dont se servent les particuliers chez eux est tahor dès lors qu'elle a été détachée. Dans une maison privée, le tamis n'est pas en usage constant, et il n'existe aucune habitude régulière de le démonter pour le nettoyer. Sa toile n'a jamais été destinée à mener une existence indépendante. Une fois sortie de son cadre, elle est considérée comme un ustensile brisé, ce n'est plus un kéli en fonction, et elle n'est absolument pas sujette à la toumah. Le même morceau de crin connaît ainsi deux vies halakhiques différentes selon les mains qu'il sert : chez le professionnel, c'est une pièce qui attend d'être remise en place ; chez le particulier, c'est simplement un morceau qui s'est détaché.

Rabbi Yehouda et la toile de la coiffeuse

Une dernière décision est rapportée au nom de Rabbi Yehouda, à propos de la toile de crin utilisée par une femme dont le métier est de tresser et d'arranger les cheveux. La sienne aussi, dit-il, "af chel goudélet", cette toile est "tamé mochav" : elle peut contracter la toumah du siège, appelée également toumat midras. Cette catégorie de toumah frappe les objets dont la fonction est de porter le poids d'une personne, qu'on s'y asseye ou qu'on s'y appuie ; lorsqu'un homme en état de toumah y pose le poids de son corps, l'objet lui-même devient tamé.

Pourquoi une simple toile de crin entrerait-elle dans cette catégorie ? La michna l'explique : "mipné chehabanot yochvot betokho vegodlot", parce que les jeunes filles s'y asseyaient pendant qu'on tressait et arrangeait leurs cheveux. Entre les mains de la coiffeuse, la toile remplissait un double rôle : elle recueillait les cheveux tombés et tout ce qui se détachait durant le travail, et elle servait en même temps de siège à la jeune fille. Puisqu'elle est réellement destinée à s'y asseoir, Rabbi Yehouda tranche que si une personne tamé s'y assied, cette toile contracte la toumat midras.

Notre michna nous a donc enseigné que le statut d'un ustensile se mesure à la vie qu'il mène réellement. La même toile de crin peut être une pièce vivante d'un tamis en service, un fragment mis au rebut, ou même un siège, et son aptitude à contracter la toumah suit le rôle que son propriétaire lui a donné.