Keilim, chapitre 12, Mishna 3. Ce chapitre s'intéresse aux objets de métal qui ne sont pas des kelim achevés au sens ordinaire : des morceaux, des pièces détachées, des accessoires. La question qui le traverse est de savoir si un tel objet possède une identité propre, ce qui le rendrait susceptible de contracter la toumah, ou s'il n'est qu'un élément d'autre chose. La mishna précédente traitait d'un crochet fixé sur un kéli et des cas où il peut recevoir la toumah. Notre mishna poursuit avec une série d'objets comparables, tous jugés selon le même critère : remplissent-ils une fonction qui leur est propre, ou sont-ils absorbés dans l'objet plus grand (ou dans le sol) auquel ils appartiennent ?
Le teini et son couvercle
Le teini était une corbeille de contenance fixe, trois kav, que l'on gardait à la maison. On y entassait les débris de métal et les tessons de kelim de terre cuite. Son couvercle était lui aussi en métal, et il était façonné avec une certaine profondeur, de sorte qu'il pouvait contenir des choses.
La mishna enseigne : « Kissouï teini chel matékhet chel ba'alei batim, Rabban Gamliel metamé. » Lorsque le teini d'un particulier ordinaire possède un couvercle de métal, Rabban Gamliel soutient que la toumah peut le saisir, et cela même lorsque le couvercle est séparé de la corbeille. Il est vrai qu'il ne porte aucun nom propre (on ne le désigne que par la corbeille qu'il ferme), mais à ses yeux il s'agit d'un kéli complet : il a été façonné en creux, comme tout récipient, et les gens y déposaient effectivement des choses.
« Vahakhamim metaharin » : les Hakhamim le déclarent tahor lorsqu'il est séparé du teini. Bien qu'il soit capable de contenir des choses, ce n'est pas l'usage qu'on en fait d'ordinaire, et une contenance qui ne sert pas n'en fait pas un kéli indépendant.
« Vechel rofim tamé. » Lorsque le teini appartient à un médecin, son couvercle est susceptible de contracter la toumah, et là il n'y a pas de débat. Le médecin, au travail, posait régulièrement ses remèdes et ses pansements dans ce couvercle tout en soignant la personne devant lui. Parce qu'il était ainsi mis à contribution encore et encore, même les Hakhamim lui reconnaissent le statut d'un kéli qui peut contracter la toumah.
La porte d'une armoire
« Hadélet chebamigdal chel ba'alei batim tehorah. » Une armoire de bois, dans une maison ordinaire, peut avoir une porte de métal, et cette porte, prise à part, ne reçoit pas la toumah. Rien ne la désigne de façon indépendante : on ne la connaît que par l'armoire à laquelle elle appartient, et rien de plus.
« Vechel rofim temé'ah. » Dans l'armoire d'un médecin, en revanche, une telle porte est susceptible de contracter la toumah même à part. Le médecin la détachait et s'en servait comme plan de travail : il y étalait son onguent et y suspendait ses ciseaux. Un usage régulier de ce genre, indépendant de l'armoire, lui confère le statut d'un kéli à part entière.
Deux sortes de pinces
La mishna passe maintenant à deux instruments. Les yitoukin sont des pinces qui servent à saisir la petite coupelle, le creuset, dans lequel on fait fondre l'argent. Les perahin sont fixés à un four et servent à déplacer les marmites qui s'y trouvent.
« Hayitoukin temé'im » : les yitoukin sont susceptibles de contracter la toumah. Ce sont des kelim de métal, et les kelim de métal reçoivent la toumah même lorsqu'ils ne forment aucun récipient.
« Vehaperahin tehorin. » Les perahin ne contractent pas la toumah. Toute leur fonction consiste à travailler de concert avec le four dans lequel ils sont insérés, et ce four est fixé au sol. Le métal attaché au sol échappe à la toumah, et ces pinces partagent le statut du four qu'elles servent.
Le crochet du pressoir à olives et le crochet du mur
Un akrav de beit habad est une bande de métal recourbée fixée à la poutre de bois du pressoir, qui sert de crochet auquel on suspend des objets. « Akrav beit habad temé'ah » : la toumah peut saisir ce crochet. Et cela vaut même s'il est joint à une poutre de bois, laquelle est elle-même hors d'atteinte de la toumah puisqu'elle ne forme aucun récipient. Le crochet, lui, a une tâche propre. Il n'est jamais vraiment devenu partie de la poutre, et il n'y a été fixé que pour une seule raison : permettre d'y suspendre des vêtements et d'autres objets. Parce qu'il remplit un rôle indépendant, il est soumis à la toumah.
« Ve'ounkeli chebaktalim tehorah » : un crochet enfoncé dans un mur est tahor. Le mur appartient à la maison, et la maison est attachée au sol ; le crochet est donc compté comme faisant partie du sol lui-même, et il ne peut pas devenir tamé.
Lus ensemble, les cas de cette mishna dessinent une seule ligne : un objet est jugé kéli lorsque son usage propre lui donne un statut, que cet usage découle de sa forme ou du métier de celui qui le possède. Là où l'objet est absorbé dans un ensemble plus grand, et a fortiori là où cet ensemble est attaché au sol, il n'a pas d'identité indépendante et demeure tahor.