Kelim, chapitre 23, michna 2. Cette michna poursuit l'examen des objets qu'un zav rend tamé lorsqu'il y appuie le poids de son corps, et elle trace une frontière entre deux catégories distinctes de cette toum'a : la toum'a du siège et la toum'a de la monture.
Un rappel s'impose. La toum'at midras ne se fixe sur un objet que si celui-ci a été fabriqué dans l'intention qu'une personne y repose son corps. Si un zav s'assoit sur un ustensile dont la fonction propre est de supporter quelqu'un assis ou couché, cet ustensile contracte la toum'a de midras, celle-là même que la Michna désigne ailleurs par les termes michkav (couche) et mochav (siège). Mais si le zav s'assoit sur un objet qui n'a jamais été destiné à porter un corps au repos, le midras ne s'y attache pas du tout.
Il existe une seconde branche de cette toum'a, appelée merkav, c'est-à-dire un objet fait pour monter dessus. Lorsqu'un zav pose son poids sur un objet conçu pour la monte et non pour s'asseoir, l'objet devient tamé en tant que merkav et non en tant que mochav. Les différences pratiques entre un merkav et un mochav sont détaillées dans la michna suivante ; ici, la Michna se contente d'énumérer les objets qui relèvent de la catégorie de merkav.
La liste
La Michna commence : « eilou temé'in michoum merkav », voici les objets qui deviennent tamé en tant que merkav et non en tant que mochav.
« Zeriz haAchkeloni » : une sangle de selle du type fabriqué à Achkelon, faite de laine et attachée sur le dos de l'animal. Puisque sa destination est la monte et non l'assise, un zav qui y appuie son poids la rend merkav et non mochav.
« Oumedokha haMadit » : un mortier du type fabriqué en Madaï. Il s'agissait d'un gros bloc de bois creusé en cuvette dans sa partie supérieure, dans lequel on pilait avec un pilon pour écraser les épices qu'on y avait déposées. Comme c'est un bloc massif, la personne s'installait dessus pendant qu'elle pilait, à califourchon, d'une manière qui ne ressemble pas à la monte ordinaire. C'est pourquoi il entre dans la catégorie de merkav et non de mochav.
La liste se poursuit avec « akef chel gamal », la selle posée sur un chameau, et « tafitan chel souss », la couverture de selle étendue sur un cheval. Ni l'une ni l'autre n'a été fabriquée pour qu'on s'y asseye ; toutes deux existent pour permettre à une personne de monter. En conséquence, un zav qui y appuie son poids les rend tamé en tant que merkav et non en tant que mochav.
L'objection de Rabbi Yossé
La Michna rapporte à présent un avis divergent. Rabbi Yossé soutient que « af tafitan chel souss », même la couverture de selle du cheval, est « tamé michoum mochav », susceptible de recevoir aussi la toum'a du siège. Sa raison : « mipné che'omdin alav bakoumpon », lors des jeux royaux, les gens y montaient et s'y tenaient debout. Se tenir debout sur cette étoffe donnait au spectateur la hauteur supplémentaire dont il avait besoin pour suivre les compétitions de loin, et dès lors qu'un objet sert de support sur lequel une personne se tient debout, et pas seulement d'équipement pour monter un animal, la toum'a de mochav peut également s'y fixer.
« Aval oukaf chel na'aka tamé » : ici, Rabbi Yossé concède. La selle d'une chamelle demeure tamé uniquement en tant que merkav et non en tant que mochav, car elle sert exclusivement à la monte et jamais de support sur lequel on se tient debout.
La Michna nous enseigne donc que le classement d'un objet au regard de la toum'at midras suit l'usage que les gens en font réellement : une sangle, un bloc-mortier ou une selle utilisés pour monter relèvent du merkav, tandis qu'un objet qui sert aussi de plateforme pour se tenir debout peut être englobé dans la catégorie de mochav.