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Keilim, chapitre 28, michna 2 : un petit tissu affecté à un usage insignifiant

Keilim, chapitre 28, michna 2. Notre michna traite d'un morceau de tissu que son propriétaire a réservé à une tâche presque sans importance. La question qu'elle soulève est de savoir si un tel morceau peut encore recevoir la toumah, et la réponse dépend d'un détail qui paraît d'abord étranger au sujet : l'endroit où le propriétaire le conserve.

Le raisonnement est le suivant. Si une personne range ce tissu dans un lieu sûr, dans un coffre ou dans une armoire, elle montre par sa propre conduite que ce morceau compte pour elle et qu'elle compte lui trouver un véritable usage plus tard. Sa fonction actuelle est peut-être méprisable, mais la manière dont il est conservé prouve qu'à ses yeux il s'agit d'un objet à part entière, et il garde donc l'aptitude à devenir tamé.

La discussion de notre michna porte sur le cas intermédiaire : une personne affecte le tissu à un usage insignifiant et ne le range pas dans un coffre ni dans une armoire. Elle le suspend à un crochet, ou bien elle le laisse simplement tomber derrière une porte. Ces façons de le conserver expriment-elles encore que l'objet a de la valeur pour elle ? Remarquons que les deux ne se valent pas. Un tissu suspendu à un crochet est bien mieux gardé qu'un tissu jeté derrière une porte. Dans le langage de la michna, le tissu au crochet est dit mouhan, préparé, tandis que le tissu derrière la porte est eino mouhan, non préparé.

Les trois usages méprisables

Commençons par le cas tel que la michna le présente. « Pahot michlocha al chelocha », un reste de tissu de moins de trois téfahim sur trois, « chehiskino », que son propriétaire a préparé, « lispoh bo », pour boucher avec lui, « et hamerhatz », les bains : le chiffon est enfoncé dans les ouvertures qui s'y trouvent. Un deuxième usage : « lena'er bo », pour secouer avec lui, « et hakedera », la marmite. La marmite est brûlante et son propriétaire ne souhaite pas se roussir les doigts, si bien que le morceau de tissu lui sert de prise. Un troisième : « lekaneyah bo », pour essuyer avec lui, « et harehayim », la meule. Pendant que le grain est moulu, des éclats détachés de la pierre finiraient sinon dans la farine, et c'est avec ce chiffon qu'il tient la pierre propre.

Voilà les trois exemples que la michna donne d'un service totalement dépourvu d'importance. Et c'est ici que les Tannaïm se partagent.

Rabbi Eliézer

« Bein mouhan », qu'il soit préparé, c'est-à-dire suspendu à son crochet, « bein che'eino mouhan », ou non préparé, c'est-à-dire laissé par terre derrière la porte, dans les deux cas il est « tamé », apte à contracter la toumah. Ainsi rapporte la michna : « divrei Rabbi Eliézer ». Selon lui, le fait qu'une personne ait déposé ce morceau quelque part et ne l'ait pas jeté prouve à lui seul qu'elle compte encore en tirer un usage. L'avoir affecté à une corvée méprisable n'annule pas cela, et le tissu conserve son aptitude à la toumah.

Rabbi Yehochoua

« Rabbi Yehochoua omer », et il tranche les deux situations dans le sens inverse. « Bein min hamouhan », que le morceau appartienne à la catégorie du préparé, au crochet, « bein che'eino min hamouhan », ou à celle du non préparé, derrière la porte, dans les deux cas il est « tahor ». Son raisonnement : cet homme a affecté ce morceau à une tâche sans importance, et de plus il a refusé de le ranger dans un endroit vraiment protégé, comme un coffre ou un placard fermé. Un crochet n'est pas un tel endroit, et le sol derrière une porte encore moins. Rien ici ne témoigne d'une quelconque considération pour ce morceau, et un objet dont le propriétaire ne se soucie pas perd la capacité de recevoir la toumah.

Rabbi Akiva

« Rabbi Akiva omer », et lui distingue les deux situations. « Min hamouhan », lorsque le morceau appartient à la catégorie du préparé et qu'il est suspendu à un crochet, il est « tamé », car suspendre un objet est un mode de conservation réellement meilleur que de le fourrer hors de vue à l'entrée. « Che'eino min hamouhan », mais lorsqu'il appartient à la catégorie du non préparé, ayant été poussé dans l'espace près de la porte, il est « tahor ». Cet emplacement n'offre aucune protection et se situe un degré en dessous du crochet, il témoigne donc que le propriétaire n'accorde aucune valeur à ce morceau. À ses propres yeux, ce n'est pas un ustensile, et ce qui n'est pas un ustensile ne peut pas contracter la toumah.