Keilim, chapitre 17, Mishna 2. Ce chapitre s'occupe des mesures qui déterminent si un ustensile est encore un ustensile. Un récipient percé perd son aptitude à la toum'a dès qu'il ne peut plus accomplir la tâche pour laquelle il a été fabriqué, et la Mishna ne cesse de demander : à partir de quelle taille le trou est-il trop grand ? Ici, la Mishna s'intéresse aux récipients conçus pour contenir des objets assez volumineux, plus gros qu'une grenade, et elle envisage le cas où le récipient s'est quelque peu abîmé : il ne retient plus l'objet précis qu'il contenait habituellement, mais il retient encore quelque chose de taille très voisine. Un tel récipient reste-t-il un ustensile ?
L'outre de peau et les deux sortes de fil
Le premier exemple de la Mishna demande qu'on se représente la fabrication d'une telle outre. Lorsqu'on écorchait la carcasse d'un animal d'un seul tenant, la peau pouvait être transformée en outre, un 'hémet, en cousant toutes les ouvertures naturelles du cuir. On obtenait ainsi un grand récipient souple, et l'un de ses usages courants était de ranger des pelotes de fil filé.
Le tissage emploie deux sortes de fil. Le chéti, la chaîne, court verticalement sur le métier, et le érev, la trame, le traverse horizontalement. Les fils de chaîne étaient filés plus épais et plus solides que ceux de trame, et les pelotes qu'on en formait étaient donc plus grosses que les pelotes de trame. Notre outre de peau servait normalement à contenir les pelotes de fil de chaîne. Dès lors que son ouverture ou ses coutures se sont élargies au point que ces pelotes passent à travers, on pourrait croire que l'outre a cessé d'être un récipient et ne peut plus contracter la toum'a. C'est précisément cette supposition que la Mishna vient corriger.
« Ha'hémet chiourah befika'ot chel chéti »
La Mishna commence : « Ha'hémet chiourah befika'ot chel chéti », la mesure d'une outre de peau se calcule d'après les pelotes de fil de chaîne. C'est là le critère qui nous permet de juger si le trou est devenu trop grand pour son travail.
« Im einah mekabélet chel chéti, af al pi chemekabélet chel érev, temé'a. » Si le trou s'est élargi au point que l'outre ne retient plus les pelotes de fil de chaîne, mais qu'elle retient encore les pelotes de fil de trame, elle demeure apte à recevoir la toum'a. On aurait pu attendre l'inverse : les pelotes de chaîne sont les plus grosses, si bien qu'un trou qui les laisse échapper laisserait à plus forte raison passer les pelotes de trame, plus fines. La Mishna décrit donc un trou qui s'est ouvert de telle manière que les grosses pelotes de chaîne s'échappent tandis que celles de trame sont encore retenues, et elle tranche : même si l'outre n'accomplit plus la tâche exacte à laquelle elle servait, la tâche qui lui reste en est si proche que nous considérons qu'elle fait toujours son travail d'origine. Dans les deux cas il s'agit de ranger des pelotes de fil. La seule différence est qu'un fil court verticalement sur le métier et l'autre horizontalement. Le trou s'est agrandi, certes, mais ce que l'outre fait encore est si voisin de ce qu'elle a toujours fait que son statut d'ustensile reste intact : elle peut devenir tamé.
Le casier à assiettes
« Beit ke'arot che'eino mekabel ke'arot, af al pi chemekabel et hatam'houyim, tamé. » Un casier fabriqué pour ranger de la vaisselle s'est percé, de sorte qu'il ne retient plus les assiettes pour lesquelles il avait été conçu, mais qu'il retient encore les plats de service, plus grands. Il demeure apte à recevoir la toum'a. Là encore, l'ustensile n'accomplit plus pleinement sa fonction d'origine, puisque les assiettes n'y restent plus, mais tenir des plats est si proche de tenir des assiettes que la Mishna y voit le même ustensile accomplissant le même genre de travail : il est tamé.
Le vase de nuit
« Beit hara'i che'eino mekabel machkin, af al pi chemekabel et hara'i, tamé. » Un vase de nuit, le récipient dans lequel une personne se soulageait, s'est fissuré de telle façon que les déjections liquides s'en écoulent, tandis que les matières solides y sont encore retenues. Lui aussi demeure apte à recevoir la toum'a. Il ne peut plus remplir toutes les parties de la fonction pour laquelle il a été fait, puisque l'urine n'y reste pas, mais comme il continue de recevoir ce qui est solide, cela compte comme son usage d'origine : il reste un ustensile qui devient tamé.
Rabban Gamliel n'est pas d'accord
« Rabban Gamliel metaher, mipné che'ein mekaymin oto. » Rabban Gamliel déclare purs, tahor, ces trois récipients abîmés, et sa raison est pratique plutôt que technique : on ne conserve pas un ustensile dans un tel état. Il ne dit pas qu'une fonction partielle n'a aucune valeur en principe ; il dit que le propriétaire veut un récipient qui fonctionne entièrement. Une outre qui laisse échapper ses pelotes de chaîne, un casier qui ne retient plus la vaisselle, un vase de nuit qui fuit : on s'en débarrasse et on les remplace au lieu de les garder en service. Puisque les gens ne les entretiennent pas, ils ont cessé d'être des ustensiles et, dès lors, dans les trois cas, ils ne peuvent plus contracter la toum'a.
La Mishna nous a ainsi donné un seul principe sous trois habits, accompagné d'une voix dissidente. Selon la première opinion, lorsque l'usage qu'un ustensile brisé peut encore remplir est presque identique à celui pour lequel il a été fabriqué, l'ustensile n'a pas perdu son identité et reste susceptible de toum'a. Selon Rabban Gamliel, ce qui tranche la question n'est pas la proximité de l'usage restant, mais le fait que les gens gardent ou non un tel objet en service.