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Keilim chapitre 13, Michna 2 : les outils doubles qui ont perdu une extrémité

Keilim, chapitre 13, michna 2. Cette michna nous présente toute une famille d'ustensiles en métal construits sur un même principe : une longue tige de métal portant à chacune de ses extrémités un outil différent. Deux parties actives, un seul objet. La question que pose la Michna pour chacun d'eux est la suivante : que se passe-t-il lorsque l'une des deux extrémités est perdue ? L'objet reste-t-il un keli, apte à recevoir la toum'a, ou n'est-il plus qu'un morceau de métal brisé ?

Le koligrifone

Le premier objet est le koligrifone. L'une de ses extrémités était munie de dents servant à retirer la viande ou les pains du four, tandis que l'extrémité opposée portait une sorte de cuillère creuse, utilisée pour racler la cendre et les braises. La Michna tranche : "Koligrifone chenitla kapa, temé'a mipné china", lorsque l'extrémité en forme de cuillère d'un koligrifone s'est détachée, l'ustensile reste malgré tout susceptible de recevoir la toum'a à cause des dents qui subsistent. Et il en va de même dans le cas inverse : "Nitla china, temé'a mipné kapa", une fois les dents disparues, la cuillère seule suffit à le maintenir apte à recevoir la toum'a.

La logique devient limpide dès qu'on regarde l'objet tel qu'il est. Il ne s'agit pas d'un ustensile unique agrémenté d'un accessoire décoratif : ce sont véritablement deux ustensiles qui partagent un même manche. Par conséquent, tant que l'un des deux demeure intact et utilisable, l'objet dans son ensemble reste un keli en état de fonctionner, et un keli reçoit la toum'a.

Le mikh'ol

La Michna passe ensuite au mikh'ol. L'une de ses extrémités s'affinait en pointe et servait à appliquer les produits cosmétiques autour de l'œil, à peu près la fonction d'un pinceau à mascara aujourd'hui. L'autre extrémité était façonnée en forme de minuscule pelle, dont le rôle était de nettoyer l'intérieur de l'oreille. La règle : "Mikh'ol chenital kaf, tamé mipné hazakhar", si l'extrémité en pelle s'est brisée, l'extrémité pointue maintient le mikh'ol apte à recevoir la toum'a. "Nital hazakhar, tamé mipné hakaf", et si c'est la pointe qui est perdue, la petite pelle qui subsiste le maintient apte à recevoir la toum'a.

Le makhteiv

Troisième de la liste, le makhteiv, ce stylet avec lequel on écrivait sur une tablette enduite de cire. L'une de ses extrémités se terminait en pointe acérée qui gravait les lettres dans la cire, et l'autre était large et plate, destinée à effacer : en pressant ce côté contre la cire, on lissait la surface et les lettres disparaissaient. La Michna tranche : "Makhteiv chenital kotev, tamé mipné hamo'hek", si la pointe à écrire s'est détachée, le stylet conserve son statut d'ustensile et reste apte à recevoir la toum'a grâce à l'extrémité qui efface. "Nital mo'hek, tamé mipné hakotev", et dans le cas inverse, lorsque c'est l'extrémité qui efface qui est perdue, la pointe à écrire qui subsiste le maintient apte à recevoir la toum'a.

La zomalistera

Vient en quatrième la zomalistera, un ustensile employé aux fourneaux. L'une de ses extrémités était une louche, servant à écumer la mousse et les bulles qui se forment à la surface d'une marmite en train de bouillir, et l'autre était une fourchette, servant à sortir les morceaux de viande de cette même marmite. La Michna enseigne : "Zomalistera chenitla kapa, temé'a mipné hamazleg", une fois la louche disparue, la fourchette maintient l'ustensile apte à recevoir la toum'a. "Nital hamazleg, temé'a mipné kapa", et lorsque c'est la fourchette qui s'est brisée, l'extrémité en louche suffit à le maintenir apte à recevoir la toum'a.

Le maded

La Michna élargit alors sa règle : "Vekhen hachein chel maded", la même halakha s'applique à la dent d'un maded, un instrument utilisé pour travailler la terre. L'une de ses extrémités portait une dent pour briser et retourner le sol, et l'autre portait une pièce servant à assembler les éléments d'une charrue. Ici encore, si cette dent se brise, le maded demeure apte à recevoir la toum'a en vertu de la partie active qui subsiste à l'extrémité opposée.

La longueur minimale du manche

Lorsque l'une des deux extrémités actives se détache d'un ustensile double, un morceau de la tige part fréquemment avec elle. La Michna conclut donc par un principe qui régit tous les cas de la liste : "Chiour koulane kedé la'assot melakhtane", dans tous ces cas, la mesure requise est celle qui permet à chacun d'accomplir la tâche pour laquelle il a été fait.

Autrement dit, la longueur de manche qui doit subsister se mesure d'après les besoins de l'outil qui a survécu. La tige restante doit être assez longue pour que l'extrémité subsistante puisse effectivement être utilisée selon sa fonction. S'il reste trop peu de manche, l'outil survivant ne peut plus servir du tout, et alors il ne reste rien d'utilisable. Un tel morceau n'est plus un keli, et il ne peut donc pas devenir tamé.

Le fil conducteur de toute cette michna est celui qui traverse une grande partie de Massekhet Keilim : la toum'a s'attache à la fonction. Un ustensile double qui perd la moitié de lui-même reste un ustensile, parce que l'autre moitié fonctionne encore. Mais un fragment incapable d'accomplir la moindre tâche est sorti tout à fait de la catégorie de keli.