Keilim, chapitre 9, michna 1. Notre chapitre poursuit l'étude de la toum'a des fours, et tout particulièrement la question de savoir ce que l'on considère comme faisant partie du four lui-même et ce qui n'y est qu'attaché de l'extérieur. La michna ouvre sur un cas qui ressemble à une énigme et qui se révèle être une leçon sur la manière dont la halakha mesure une situation douteuse.
Une aiguille dans le sol du four
« Mahat o taba'at chenimtse'ou binehouchto chel tanour » : une aiguille ou une bague, toutes deux tamei, ont été trouvées dans la terre tassée qui sert de sol à un four tahor. Il faut ici se rappeler comment ces fours étaient construits. Le four n'avait pas de sol propre. C'était un cylindre d'argile posé directement sur la terre, et le sol en dessous, avec son creux naturel, servait de surface de cuisson.
« Nir'in aval lo yots'in » : l'objet est visible pour quiconque regarde à l'intérieur du four, mais il ne sort pas de la terre pour s'élever dans le four. Il repose dans le creux naturel du sol sous les parois du four, offert au regard depuis l'intérieur tout en restant en dessous de l'espace que ces parois délimitent. Tout dépend de la manière dont on classe cette position. Si nous décidons que l'aiguille occupe l'espace intérieur du four, sa toum'a se transmet au four ; si nous décidons qu'elle se trouve au-delà de cet espace, le four conserve sa tahara.
La michna propose un moyen admirablement concret de trancher la question : « im ofé et habatsek », si une personne fait cuire de la pâte dans ce four, « vehou noguéa bahen, tamei ». Si la pâte s'affaisse dans le creux suffisamment pour toucher le métal, ce métal est considéré comme occupant l'espace intérieur du four, et le four contracte la toum'a à cause de lui.
« Be'eizé batsek amrou ? » Avec quelle sorte de pâte fait-on cet essai ? « Bebatsek habenoni » : avec une pâte de consistance moyenne. La raison apparaît dès que l'on se représente les deux extrêmes. Une pâte très molle et coulante descendra certainement jusqu'à l'aiguille, et une pâte très ferme n'y arrivera certainement pas. Ni l'une ni l'autre ne nous apprend quoi que ce soit sur le four. On prend donc une pâte de texture intermédiaire, qui pourrait s'affaisser comme elle pourrait ne pas le faire, et on laisse ce cas limite décider si ces objets comptent comme faisant partie de l'espace intérieur du four.
Une aiguille dans l'enduit d'un four scellé
La michna passe à du métal logé dans une autre partie du four, cette fois dans une maison où se trouve un mort. « Nimtse'ou batfelat hatanour » : une aiguille tahor, ou une bague tahor, a été découverte fichée dans la couche d'argile étalée sur le four. Un tel enduit était appliqué sur la surface extérieure pour isoler le four et retenir sa chaleur. Notre four, de plus, est fermé : « moukaf tsamid patil », un couvercle est fixé hermétiquement sur son ouverture, si bien que la toum'a n'a aucun moyen d'y pénétrer. Et il se tient dans une maison où il y a un mort.
La décision comporte deux volets. « Im betamei, teme'in. » Si le four lui-même est déjà tamei, l'aiguille et la bague deviennent tamei également. Cela n'est pas automatique, car elles ne font pas véritablement partie du four ; elles sont enfoncées dans l'enduit extérieur et non dans l'ustensile. Elles contractent néanmoins la toum'a, et la fermeture hermétique ne les sauve pas. La raison en est un principe qu'il vaut la peine de retenir : un scellement hermétique sur un ustensile de terre n'agit que pour empêcher la toum'a d'entrer de l'extérieur et pour protéger ce qui se trouve à l'intérieur, qu'il s'agisse d'ustensiles de terre, de cette bague, de cette aiguille ou d'autres objets. Et il n'y parvient que lorsque l'ustensile qui protège est lui-même tahor. Dès que le four est tamei, être scellé n'aide en rien, et tout ce qui s'y trouve devient tamei.
« Ve'im betahor, tehorim. » Si le four est tahor, l'aiguille et la bague restent tahor. De même que le four de terre scellé n'est pas rendu tamei par le mort qui se trouve dans la maison, puisqu'il est bouché et couvert, de même l'aiguille ou la bague fichée dans son enduit d'argile n'est pas atteinte par cette toum'a.
Une aiguille dans le bouchon d'un tonneau
Suit un cas parallèle. « Nimtse'ou bimegoufat hahavit » : l'aiguille ou la bague se trouve à l'intérieur du bouchon d'argile qui ferme un tonneau de terre, alors que ce tonneau se tient dans une pièce où il y a un mort. Puisque le bouchon ferme l'ouverture du tonneau, celui-ci est un ustensile de terre fermé par un scellement hermétique, et donc rien de ce qui y est conservé ne devient tamei. Ce qui reste à préciser, c'est le statut du métal lui-même : la toum'a du mort qui est dans cette pièce le saisit-elle ?
Cela dépend de l'endroit du bouchon où l'objet est fiché. « Mitsidéha, teme'in. » S'il est enfoncé dans l'argile excédentaire, la partie qui déborde sur les côtés du tonneau au lieu de couvrir son ouverture, la toum'a du mort le saisit. Cette argile qui dépasse n'est pas comptée comme appartenant au tonneau ; ce n'est qu'un surplus, et un surplus n'accorde aucune protection. Le métal qui y est logé ne reçoit aucun abri de l'ustensile, et il est donc rendu tamei.
« Mikenegued piha, tehorim. » Si en revanche l'objet est placé dans la portion d'argile qui repose directement au-dessus de l'ouverture du tonneau, il demeure tahor, car cette partie du bouchon est traitée comme faisant partie intégrante de l'ustensile.
Quand l'aiguille est-elle considérée comme faisant partie du bouchon ?
La michna précise maintenant quand l'aiguille ou la bague est considérée comme fixée dans le bouchon et donc tafel, secondaire par rapport à lui, par opposition au fait de se trouver dans l'espace propre du tonneau. Beaucoup en dépend. Appartenir au bouchon, c'est partager l'immunité du bouchon. Si l'objet se trouvait au contraire à l'intérieur du tonneau, il relèverait de la halakha ordinaire des ustensiles de métal dans un tonneau : le scellement ne leur offre aucun abri, et un mort peut les rendre tamei.
« Nir'in betokha », ils sont découverts et peuvent être vus par quelqu'un qui regarde depuis l'intérieur du tonneau, « aval lo la'avira », mais ils ne font pas saillie dans son espace aérien : de tels objets sont jugés comme se trouvant dans le bouchon, et ils restent tahor.
« Choke'im betokha », même lorsqu'ils s'enfoncent vers l'intérieur du tonneau, « vetahtehen kiklipat hachoum », du moment qu'une pellicule d'argile aussi fine qu'une pelure d'ail se trouve encore en dessous d'eux, ils ne sont pas véritablement entrés dans l'espace aérien du tonneau. La halakha les considère comme placés dans le bouchon, et leur tahara demeure.
Dans les trois cas, donc, une seule question est posée dans trois cadres différents : ce petit objet appartient-il à l'espace aérien de l'ustensile, ou bien à la matière qui l'entoure ? L'affaissement d'une pâte moyenne, l'enduit sur l'extérieur du four et une pelure d'ail d'argile sous une aiguille sont les instruments précis de la michna pour y répondre.