Erouvin, chapitre 4, michna 5. Lorsqu'une personne est propriétaire d'un objet, son propre périmètre du Chabbat (te'houm) influe aussi sur ses objets, et ceux-ci sont limités au périmètre dont dispose personnellement leur propriétaire. Notre michna tourne autour de la question suivante : quel est le statut d'un objet qui n'a aucun propriétaire, un objet sans maître (hefker) qui n'appartient à personne ? Acquiert-il automatiquement un périmètre de deux mille coudées, ou bien n'a-t-il aucun périmètre et se trouve donc limité à quatre coudées seulement ?
Celui qui s'est endormi en chemin :
Sur la base de cette question, la michna examine le statut d'une personne qui dormait au moment de l'entrée du Chabbat : "Mi cheyachen baderekh" - une personne qui s'est endormie en chemin, "velo yada chekhachekha" - et qui n'a pas remarqué que la nuit était tombée. Elle pensait se réveiller avant l'entrée du Chabbat, mais il n'en fut rien : elle dormait au moment de l'entrée du Chabbat, et voici qu'elle se réveille alors que c'est déjà Chabbat. La question est de savoir si elle a acquis un lieu de repos (chevita), c'est-à-dire si elle s'est fixé un emplacement durant son sommeil et disposera de deux mille coudées, ou non.
Sur cette question, les Tannaïm sont en désaccord :
Rabbi Yo'hanan ben Nouri : elle dispose de deux mille coudées. Rabbi Yo'hanan ben Nouri estime que même les objets sans maître, qui n'appartiennent à personne, acquièrent un lieu de repos et disposent de deux mille coudées ; et le dormeur n'est pas différent des objets sans maître : il n'appartient pour ainsi dire à personne d'autre qu'à lui-même, et son statut est identique. De même qu'un objet sans maître dispose de deux mille coudées, de même cette personne, qui était inconsciente et immobile à ce moment-là, acquiert un lieu de repos.
Les Sages : "ein lo ela arba amot" - elle ne dispose que de quatre coudées. Tel est aussi leur avis concernant les objets qui n'ont pas de propriétaire : ils n'acquièrent pas de lieu de repos, n'ont aucun emplacement propre et sont donc limités à quatre coudées. Et de même le dormeur, à son réveil, est limité à quatre coudées.
Où se situent exactement les quatre coudées ?
De là, la michna passe à la question suivante : celui qui ne dispose que de quatre coudées, où se situe-t-il par rapport à elles ?
Rabbi Eliézer : "vehou beemtsaan" - la personne se tient au milieu des quatre coudées, ce qui signifie qu'elle peut marcher deux coudées dans chaque direction. Cela contredit l'avis des Sages qui précèdent, lesquels ont dit "elle ne dispose que de quatre coudées" et estimaient qu'elle dispose de quatre coudées dans chaque direction, de sorte qu'il s'agit en réalité de huit coudées en largeur.
Rabbi Yehouda : dans la direction où elle voudra marcher, elle est autorisée à marcher quatre coudées, de telle sorte qu'elle se trouve au point de départ des quatre coudées, et c'est elle qui détermine où se situeront les quatre coudées selon la direction dans laquelle elle décidera de marcher. Cependant, Rabbi Yehouda admet qu'une fois qu'elle a choisi une direction déterminée, elle ne peut plus revenir en arrière et se tourner vers l'autre direction ; à partir de là, elle est limitée. Il lui est permis de décider dans quelle direction elle marchera, mais une fois qu'elle a décidé que ce serait la direction dans laquelle se situeront ses quatre coudées, elle ne peut plus changer d'avis.
En résumé : cette michna fait dépendre le statut du dormeur surpris par l'entrée du Chabbat de la question du statut des objets sans maître. Selon Rabbi Yo'hanan ben Nouri, de même que les objets sans maître acquièrent un lieu de repos et disposent de deux mille coudées, de même le dormeur ; et selon les Sages, de même que les objets sans maître n'acquièrent pas de lieu de repos, de même le dormeur ne dispose que de quatre coudées. Ils divergent ensuite sur l'emplacement des quatre coudées : pour Rabbi Eliézer, la personne se tient en leur milieu et dispose de deux coudées dans chaque direction, et pour Rabbi Yehouda, il lui appartient de choisir une direction et d'y marcher quatre coudées, à condition qu'elle ne revienne pas en arrière une fois son choix fait.