Erouvin, chapitre 2, michna 1. Ce chapitre nous présente le concept de la fabrication d'une cloison à l'aide de parois absolument minimales. Cela se pratiquait tout particulièrement autour des sources et des puits d'eau, afin de permettre aux voyageurs, et surtout aux pèlerins montant à Jérusalem, d'abreuver leurs bêtes en chemin.
Le problème était que ces routes publiques étaient considérées comme un domaine public (rechout ha-rabim), tandis que les puits, les sources et les citernes étaient considérés comme un domaine privé (rechout ha-yahid). Il s'avère donc que puiser l'eau et la sortir du domaine privé vers le domaine public est interdit. Il fallait par conséquent entourer le puits d'une cloison minimale, et les Sages ont allégé cette exigence en permettant plusieurs formes de cloisons très réduites, que nous allons à présent étudier dans la michna.
L'opinion de Rabbi Yehouda dans le texte de la michna :
"Ossin passin li-vé'roth" - il est permis de faire des passin, c'est-à-dire des planches, autour de ces puits et de ces sources. Comment ? "Be-arba'a diyoumadin, nir'in ki-chemona" - quatre passin doubles, réalisés comme quatre angles droits de quatre-vingt-dix degrés l'un par rapport à l'autre, un à chaque coin, formant un carré. Ils apparaissent comme huit, car chaque angle droit est composé de deux planches, et quatre angles totalisent huit planches. Chacune d'elles mesure dix tefahim de haut et une amah de large, de sorte que chaque planche s'étend d'une amah dans chaque direction. "Divré Rabbi Yehouda".
L'opinion de Rabbi Méir :
Rabbi Méir dit : "Chemona nir'in ki-cheném assar" - il faut huit planches qui apparaissent comme douze. Comment ? "Arba'a diyoumadin ve-arba'a pechoutin" - les quatre passin doubles des coins, qui font huit planches, plus quatre planches isolées dressées entre les angles droits, soit un total de douze. Chacune d'elles a une largeur d'une amah et une hauteur de dix tefahim.
Et concernant leurs dimensions, la michna précise :
"Govhan assara tefahim" - leur hauteur est de dix tefahim.
"Ve-rohban chicha" - leur largeur est de six tefahim, ce qui correspond à une amah.
"Ve-oviyan kol che-hou" - leur épaisseur peut être de n'importe quelle mesure.
La mesure de l'espace entre les passin :
La controverse pour savoir s'il faut huit planches ou douze dépend d'une autre controverse : quel espace est-il permis de laisser entre les planches, entre les planches des coins et les planches du milieu ? À ce sujet la michna dit : "Ou-vénéhén ki-melo chté revakoth chel chaloch chaloch bakar, divré Rabbi Méir", et face à lui "Rabbi Yehouda omer chel arba arba".
Rabbi Méir : l'espace entre les planches est de la mesure de deux groupes de trois bœufs, soit six bœufs en tout. La largeur de chaque bœuf est d'une amah et deux tiers d'amah, et six bœufs de ce type totalisent dix amoth.
Rabbi Yehouda : deux groupes de quatre bœufs chacun, et par ce calcul on obtient une mesure de treize amoth et un tiers.
La michna ajoute des détails sur la mesure de la largeur des groupes de bétail : "Kechouroth ve-lo moutaroth" - attachées l'une à l'autre et non relâchées, de sorte qu'une mesure précise soit possible. De même "ahath nikhneseth ve-ahath yotseth" - l'une en train d'entrer et l'autre en train de sortir, ce qui requiert davantage de place. La place totale, comme l'explique la Guemara, est de dix amoth selon Rabbi Méir et de treize amoth et un tiers selon Rabbi Yehouda.
Le lien entre les deux controverses :
La Guemara relie les deux controverses - s'il faut huit planches ou douze, et quelle est la mesure de l'espace - de la manière suivante : si l'espace entre les planches est de dix amoth ou moins, même Rabbi Méir, qui exigeait douze planches, reconnaît qu'il n'y a pas besoin des planches du milieu, et que les quatre angles droits suffisent. À l'inverse, Rabbi Yehouda reconnaît lui aussi que si l'espace est de treize amoth et un tiers ou plus, il faut ajouter les planches supplémentaires afin de réduire l'espace, car tel est l'espace maximal permis entre les planches.
Il s'avère donc que la controverse ne porte pas fondamentalement sur la question de savoir s'il faut douze planches ou huit, mais sur la mesure comprise entre dix amoth et treize amoth et un tiers : lorsque l'espace se situe dans cette fourchette, faut-il ajouter la planche supplémentaire pour le réduire, ou n'est-ce pas nécessaire ?
En résumé : dans cette michna, nous avons étudié la permission des passin autour des puits, destinée à permettre aux pèlerins d'abreuver leurs bêtes bien que le puits soit un domaine privé et la route un domaine public. Nous avons examiné l'opinion de Rabbi Yehouda - quatre diyoumadin qui apparaissent comme huit, et l'opinion de Rabbi Méir - huit qui apparaissent comme douze, quatre diyoumadin et quatre pechoutin, d'une hauteur de dix tefahim, d'une largeur d'une amah et de n'importe quelle épaisseur. De même la mesure de l'espace entre eux - dix amoth pour Rabbi Méir et treize amoth et un tiers pour Rabbi Yehouda - ainsi que l'explication de la Guemara, selon laquelle toute la controverse ne porte que sur la fourchette située entre ces deux mesures.