Nous étudions la cinquième michna du chapitre 5 du traité Demaï. Cette michna traite elle aussi de la crainte du demaï, le doute selon lequel une partie de la production détenue par une personne aurait été prélevée des dîmes et une autre non.
"Haloke'ah min he'ani, vechen he'ani chenatnou lo perousot pat o pila'hei develah" :
La michna parle de deux cas :
"Haloke'ah min he'ani" - celui qui achète des aliments à un pauvre qui a rassemblé sa nourriture en mendiant de porte en porte.
"Vechen he'ani" - le pauvre lui-même, lorsqu'il est 'haver et souhaite prélever du demaï qui est entre ses mains.
Et que lui a-t-on donné ? "Perousot pat" - des morceaux de pain, ou "pila'hei develah" - la develah est un gâteau de figues pressées, coupé en tranches, et on lui a donné diverses tranches de celui-ci.
"Me'asser mikol e'had ve'e'had" :
Il doit prélever la dîme de chaque morceau de pain et de chaque tranche de figues séparément, car il faut craindre qu'il les ait reçus de personnes différentes : certaines ont prélevé la dîme et d'autres non. C'est pourquoi chaque morceau doit être dîmé séparément, aussi bien pour celui qui achète au pauvre que pour le pauvre lui-même qui a reçu les aliments de donateurs différents.
"Oubetmarim ouvegrogarot - bolel venotel" :
Pour les dattes et les figues sèches, il peut les mélanger toutes ensemble et prélever du mélange, car notre michna considère qu'à propos du demaï on dit "belilah", c'est-à-dire que les choses se mélangent de manière égale, même pour des fruits secs. Puisqu'il a mélangé les figues et les dattes ensemble, le prélèvement prend en une seule fois à la fois de ce qui est soumis à la dîme et de ce qui en est exempt, et de ce fait il se trouve qu'il prélève du soumis sur le soumis, car les fruits sont répartis dans le mélange dans une proportion égale.
La crainte qu'il prélève de ce qui est exempt de dîme sur ce qui y est soumis n'existe que lorsque les choses ne se répartissent pas de manière égale ; mais ici, dans le mélange, elles se répartissent également.
"Eimataï ? Bizman chehamatan meroubeh" :
Le Tana nuance la règle de la belilah et distingue entre deux situations :
"Bizman chehamatan meroubeh" - lorsque le don fait au pauvre, ces dattes et figues sèches, est en grande quantité. On peut alors dire que les fruits se sont bien mélangés, et lorsqu'il prélève de la grande quantité, son prélèvement respecte la juste proportion entre le soumis et l'exempt.
"Aval bematan mou'at - me'asser mikol e'had ve'e'had" - lorsqu'il s'agit d'une petite quantité de fruits, il ne mélange pas mais prélève de chaque fruit séparément, comme la règle du début de la michna. La raison : avec seulement quatre ou cinq fruits, il n'est pas possible de les mélanger convenablement au point de pouvoir dire qu'à chaque prélèvement il prend la juste proportion de soumis et d'exempt.
En résumé : dans cette michna, nous avons appris que celui qui achète au pauvre, ainsi que le pauvre lui-même, qui ont reçu des morceaux de pain ou des tranches de figues de donateurs différents, prélèvent la dîme de chacun séparément, par crainte qu'une partie ait été dîmée et une autre non. Tandis que pour les dattes et les figues sèches, il mélange et prélève, car on leur applique le principe de la belilah, à condition que le don soit abondant ; mais pour un don peu abondant, où il n'y a pas de possibilité de mélange égal, la règle revient et il dîme chacun séparément.