Houlin, chapitre 7, michna 6. Ce chapitre est consacré à l'interdiction du guid hanaché, le nerf sciatique qu'il est interdit de consommer chez un animal. Notre michna pose une question fondamentale sur la portée de cette interdiction : concerne-t-elle tous les animaux, ou seulement ceux qu'il nous est permis de manger ?
La décision de la michna
La michna enseigne : "Noheg batehora ve'eino noheg batemea", la loi du guid hanaché s'applique à un animal pur (cachère) et ne s'applique pas à un animal impur. L'interdiction de la Torah a été énoncée à propos des animaux qui sont par ailleurs propres à la consommation, et c'est là seulement qu'elle prend effet.
Où cela a-t-il une portée pratique ? Dans le décompte des coups de fouet. Celui qui mange le nerf sciatique d'un animal d'une espèce permise a transgressé l'interdiction du guid hanaché et reçoit la malkout pour cela. Celui qui mange ce même nerf chez un animal d'une espèce interdite a évidemment commis une faute lui aussi : la chair qu'il a avalée provenait d'un animal qu'il n'a pas le droit de manger, et on le fouette pour cela. Mais la michna ne lui attribue aucune malkout supplémentaire, car au sein d'une espèce interdite la loi du guid hanaché n'a jamais pris effet.
L'avis de Rabbi Yehouda
"Rabbi Yehouda omer : Af batemea", Rabbi Yehouda soutient que l'interdiction s'applique aussi à une espèce interdite. Selon lui, celui qui a consommé un tel nerf encourt la malkout deux fois : une première fois parce que la chair de cet animal lui était interdite, et une seconde fois parce qu'un nerf sciatique lui est interdit.
La preuve tirée des fils de Yaakov
Rabbi Yehouda expose le raisonnement qui fonde sa position : "Vahalo mibnei Yaakov nassar guid hanaché", les fils de Yaakov Avinou s'abstenaient déjà du nerf sciatique, "ve'adayin behema temea", et à cette époque les animaux des espèces interdites leur étaient encore "mouteret lahen", permis à la consommation.
Le contexte est l'épisode bien connu : Yaakov lutta avec l'ange et fut frappé à la hanche, et en souvenir durable de ce combat nous nous abstenons de manger le guid hanaché. Rabbi Yehouda y voit le moment où la mitsva a été donnée, à la génération des Avot. Or, en ce temps-là, il n'existait aucune interdiction de manger un animal non cachère ; tous les animaux leur étaient permis. Si les fils de Yaakov ont malgré tout reçu l'ordre de ne pas manger le guid hanaché, c'est que l'interdiction portait sur tout animal qu'ils pouvaient manger, y compris ceux que nous appelons non cachères. Telle est la svara de Rabbi Yehouda, et il en conclut que la loi s'étend encore aujourd'hui à un animal impur.
La réponse des Sages
Le tanna kama, les Sages anonymes de notre michna, lui répondent ("amrou lo") en niant purement et simplement sa prémisse : "BeSinaï ne'emar", cet ordre a été prononcé au Sinaï, "ela chenichtav bimkomo", et l'Écriture l'a simplement consigné à sa place.
Autrement dit, les fils de Yaakov n'ont en réalité jamais été soumis à cette interdiction. Le commandement du guid hanaché a été donné pour la première fois au Har Sinaï, avec l'ensemble des mitsvot. La Torah l'a simplement inscrit à l'endroit qui lui convient thématiquement, dans le récit du combat de Yaakov avec l'ange, puisque c'est cet événement qu'il commémore. Dès lors, le récit de Berechit ne peut servir de preuve concernant l'époque des Avot, et la démonstration de Rabbi Yehouda s'effondre. L'interdiction a été donnée au Sinaï à un peuple auquel il était déjà interdit de manger des animaux non cachères, et elle ne s'applique donc qu'à un animal cachère.