Houlin, chapitre 8, Michna 2. Ce chapitre est consacré à l'interdiction de bassar bé'halav, la viande cuite avec du lait, ainsi qu'aux garde-fous que les 'hakhamim ont dressés autour d'elle. La michna précédente traitait de la viande et du fromage posés sur une même table ; celle-ci poursuit dans la même direction, d'abord avec les deux aliments enveloppés dans un même linge, puis avec deux convives attablés ensemble.
La première règle énonce : "Tsorer adam bassar ougvina bémitpa'hat a'hat" : on peut nouer ensemble de la viande et du fromage dans un seul linge. Puis vient la réserve : "ouvilvad shélo yihyou nog'in zé bazé" : à la seule condition que l'un ne touche pas l'autre.
L'emballage commun n'est donc pas le problème. Viande et fromage peuvent voyager ensemble dans une même serviette. Ce qui est interdit, c'est tout contact entre eux, et cela vaut même lorsque les deux sont froids, là où il n'y a aucune question de cuisson de l'un dans l'autre.
Pourquoi le contact à froid poserait-il problème ? Parce qu'à l'endroit où la viande a été pressée contre le fromage, une trace de chacun a pu se déposer sur l'autre. La surface de la viande porte désormais un peu de fromage, et la surface du fromage un peu de viande. Celui qui les mangera avalera donc les deux ensemble, et consommer ainsi viande et fromage réunis constitue un issour dérabanan, une interdiction rabbinique.
Le remède est pourtant simple : il suffit de rincer l'endroit du contact, et l'aliment devient consommable. Mais les 'hakhamim n'ont pas voulu s'appuyer là-dessus. On peut facilement oublier de rincer, prendre une bouchée, et se retrouver à transgresser une interdiction rabbinique en consommant les deux d'un coup. Pour éviter cela, la michna exclut purement et simplement tout contact.
La michna poursuit avec une seconde règle au nom de Rabban Chimon ben Gamliel : "Chné akhsena'in okhlin al choul'han é'had" : deux voyageurs logés dans une même auberge peuvent prendre leur repas à une seule et même table, "zé bassar vézé gvina, vé'ein 'hochchin" : l'un avec de la viande devant lui et l'autre avec du fromage, et nous n'y voyons aucune objection.
Imaginons deux voyageurs descendus dans la même auberge, parfaitement étrangers l'un à l'autre. Rien ne les empêche de s'asseoir ensemble, le premier servi d'un repas carné et le second d'un repas au fromage. On ne craint pas que les deux aliments finissent par se rejoindre, ni que l'un des deux hommes tende la main, prenne ce qui appartient à l'autre et le mêle à ce qui se trouve dans son assiette. Des gens qui ne se connaissent pas ne mangent pas de la part d'autrui.
C'est là le contraste avec la michna précédente. Là-bas, la crainte était que des personnes attablées ensemble se servent dans les plats les unes des autres, de sorte que viande et fromage disposés côte à côte risquent de se rencontrer. Ici, les deux convives ne se connaissant pas, tout ce 'hachach disparaît, et la halakha s'aligne en conséquence.