Bava Metzia, chapitre 9, Michna 5. Cette Michna traite également de celui qui a reçu le champ d'un autre, mais il s'agit ici d'une situation de Arissout - le Aris (métayer) reçoit un pourcentage de la récolte, selon une répartition fixe convenue entre les parties. Le problème est que pour une raison quelconque, le champ ne produit pas de récolte cette année-là : peut-être en raison de mauvaises conditions météorologiques ou de quelque chose de semblable. C'est pourquoi le Aris n'est pas intéressé à travailler, affirmant que toute l'affaire n'est qu'une perte de temps - un travail abondant pour un rendement quasi nul. Cependant, le propriétaire foncier est censé recevoir cinquante pour cent du rendement, et il se trouve perdant. La question est donc : le propriétaire foncier a-t-il le droit de contraindre le Aris à travailler, bien que cela ne soit pas rentable pour le Aris ? Car pour le propriétaire foncier, la chose est tout à fait rentable : il n'investit aucun travail, et reçoit une certaine compensation.
Texte de la Michna :
Hamékabel sadé mé'havéro vélo astah - Un agriculteur qui a reçu un champ à cultiver en tant que Aris, et le champ n'a pas produit de céréales, ou en a produit très peu.
Im yéch bah kédé leha'amid kéri - S'il y a poussé une quantité de céréales suffisante pour former un tas (Kéri), c'est-à-dire qu'après avoir rassemblé le blé, l'avoir battu et vanné, il reste un tas de céréales. Sa mesure, selon le Bartenoura, est d'environ deux Séah (Saatayim), soit environ soixante-douze litres. Le signe de ce tas : il est suffisamment grand pour qu'on puisse y planter la fourche utilisée pour le vannage, et qu'elle tienne debout.
'Hayav letapel bah - Le Aris est tenu de cultiver le champ.
La raison en est la suivante : bien que le Aris reçoive très peu en échange de beaucoup de travail, la récolte n'est pas totalement sans valeur, et le propriétaire foncier est en droit de dire : c'est quelque chose de significatif à mes yeux, et je ne suis pas prêt à y renoncer.
L'opinion de Rabbi Yéhouda :
Rabbi Yéhouda remet en question cette règle : passons encore pour un petit champ qui produit peu, mais quelle sera la loi pour un champ immense qui ne produit qu'un seul petit tas de céréales ? Cela représente un travail colossal pour un rendement infime, ce qui n'est pas équitable. C'est pourquoi Rabbi Yéhouda dit : Ma kitsvah bekéri ? - Quelle est la raison de fixer une quantité arbitraire et absolue, telle qu'un seul tas de céréales ? Une telle mesure pourrait être complètement ridicule dans un champ gigantesque.
Ela im yéch bah kédé nefilah - Selon lui, la mesure est relative : le champ doit pouvoir restituer la quantité de céréales qui y a été investie. "Nefilah" (ce qui tombe) désigne ce qui tombe dans le sol, c'est-à-dire la quantité de semence. En effet, lors des semailles du champ, des grains de blé sont pris et enfouis dans la terre, et de la terre sortent d'autres grains de blé. Il s'avère que si, en calcul net, il en ressort au moins l'équivalent de ce qui a été introduit, ce n'est pas une affaire à perte, et le Aris est tenu de travailler. Mais si le rendement est inférieur à cela, et qu'il s'agit effectivement d'une affaire à perte, on ne force pas l'agriculteur à travailler, car cela n'aurait aucune logique.
En pratique (Halaha) : La Halaha ne suit pas Rabbi Yéhouda, mais le Tanna Kamma : si le champ peut produire un seul tas (Kéri), d'une mesure de deux Séah (Saatayim) ou quelque chose de semblable, il incombe au Aris de faire de son mieux pour qu'il produise autant que possible, et les deux parties se partageront la récolte selon l'accord initial conclu entre eux.