Arakhin, chapitre 8, michna 7. La michna précédente s'achevait sur la règle selon laquelle une personne peut déclarer un 'hérem sur ses propres kodachim. Notre michna reprend cette règle et la développe en détail : si l'animal est déjà voué au mizbéa'h, qu'est-ce qui devient exactement 'hérem, et comment cette valeur se calcule-t-elle ? La michna étend ensuite la discussion au bekhor, puis rapporte la déduction de Rabbi Yichmaël, qui tire tout le principe de deux versets apparemment contradictoires.
Déclarer 'hérem sur ses propres korbanot
Les premiers mots sont "Ma'harim adam et kodachav" : des animaux qu'une personne a déjà consacrés comme korbanot peuvent malgré tout être placés sous 'hérem au profit des fonds du Beit Hamikdach. La michna ne fait aucune distinction entre les degrés de sainteté concernés, "bein kodchei kodachim", les offrandes du degré le plus élevé, "bein kodachim kalim", celles du degré plus léger. Les unes comme les autres peuvent faire l'objet d'une telle déclaration.
Une difficulté surgit aussitôt. L'animal ne peut pas littéralement devenir un bien de 'hérem. Son statut de korban a été fixé à l'instant même de sa consécration, sa sainteté le lie au mizbéa'h, et aucune déclaration ultérieure ne peut l'en détacher. Sur quoi la déclaration prend-elle donc effet ? La réponse de la michna est qu'elle se saisit d'une somme d'argent liée à l'animal, et que le montant de cette somme dépend du type d'engagement que son propriétaire avait initialement pris.
Un néder : payer le prix entier de l'animal
"Im néder, noten et hadamim" : lorsque le korban est né d'un néder, le propriétaire s'étant d'abord engagé par vœu à apporter une offrande et n'ayant choisi qu'ensuite cet animal précis pour s'en acquitter, il verse le prix entier de la bête en argent. La raison en est que son engagement n'a jamais été attaché à cet animal en particulier. Si celui-ci s'était égaré ou lui avait été dérobé, le vœu envers Hachem resterait entier et il devrait en acheter un autre. L'animal vaut donc pour lui exactement ce que coûterait un remplaçant convenable, et c'est ce prix objectif qu'il verse.
Une nedava : payer la valeur de l'avantage
"Im nedava, noten et tovato" : dans une nedava, aucun vœu antérieur ne liait le propriétaire ; il a simplement pris cet animal et l'a consacré. Tout son engagement réside donc dans cette bête unique. Si elle venait à être perdue ou volée, rien ne resterait dû, puisque aucune obligation indépendante n'avait jamais été créée. Il n'y a donc pas de prix objectif à lui réclamer. Ce que l'on perçoit, c'est sa tova, la valeur de l'avantage que l'animal lui procure : ce qu'une personne serait prête à débourser pour le privilège d'offrir à Hachem un cadeau qu'elle n'était nullement tenue d'apporter. Ce chiffre, on le comprend, est bien plus modeste.
La michna expose le calcul. Un homme déclare "chor zé ola", ce bœuf sera une ola, puis place ce bœuf sous 'hérem. Les évaluateurs demandent alors : "kama adam rotzé liten", combien quelqu'un serait-il prêt à dépenser, "bechor zé", pour ce bœuf précis, "leha'aloto ola ché'eino rachaï", afin de l'offrir comme une ola qu'il n'était pas tenu d'apporter, uniquement comme présent à Hachem ? Le montant obtenu fixe la tova, et c'est cette somme qui est transférée au 'hérem.
Déclarer 'hérem sur un bekhor
La michna aborde ensuite l'animal premier-né : "habekhor, bein tamim bein ba'al moum", qu'il soit sain et donc apte au mizbéa'h, ou porteur d'un défaut qui le disqualifie définitivement de l'offrande, "ma'harimin oto", on peut placer un 'hérem sur lui. Le cas envisagé est celui d'un bekhor encore détenu par le propriétaire de la mère, avant qu'il n'ait été remis à un kohen.
À première vue, cela étonne. Le bekhor n'est pas véritablement la propriété de cet homme ; il appartient aux kohanim. Que peut-il donc déclarer 'hérem ? La réponse est que le propriétaire détient bel et bien quelque chose de valeur : le droit de décider quel kohen recevra l'animal. Ce choix peut lui gagner la faveur d'un kohen particulier, et parce qu'il vaut quelque chose pour lui, son 'hérem y prend effet.
"Keitzad podin oto ?" Comment le rachète-t-on, c'est-à-dire comment fixe-t-on le prix de ce que ce bekhor vaut pour celui qui le détient ? Les évaluateurs, "hapodin", estiment "kama adam rotzé liten", ce qu'un tiers serait prêt à remettre à ce propriétaire, "babekhor zé", au sujet de ce bekhor, "liteno leven bito", pour qu'il le donne au petit-fils de ce tiers, qui est kohen, "o leven a'hoto", ou à son neveu, le fils de sa sœur, qui est kohen. Celui qui détient un bekhor a le droit d'accepter un paiement modeste pour orienter l'animal vers tel kohen plutôt que tel autre. Ce paiement mesure le 'hérem, et c'est ce que le propriétaire dépose au Beit Hamikdach.
Rabbi Yichmaël : concilier deux versets
La michna apporte à présent le fondement scripturaire de ce qui vient d'être décrit : la valeur monétaire d'un bekhor est ouverte au 'hérem, tandis que l'animal lui-même est fermé à tout nouvel acte de consécration.
"Rabbi Yichmaël omer", Rabbi Yichmaël relève deux versets qui tirent en sens contraire au sujet du bekhor. "Katouv é'had omer takdich", un passage nous ordonne de le sanctifier, ce qui laisse entendre qu'il reste bien un acte de sanctification à accomplir. Pourtant, "ve'hatouv é'had omer al takdich", un second passage nous dit de ne pas le sanctifier, puisqu'un bekhor sort du ventre déjà saint et n'exige de nous aucun acte.
Aucun des deux versets ne peut être pris au pied de la lettre isolément. "I efchar lomar takdich", le premier ne peut pas être une simple injonction de sanctifier le bekhor, "chekvar néemar al takdich", puisque l'autre passage nous a déjà appris qu'aucune sanctification n'est requise. L'inverse échoue tout autant : "ve'i efchar lomar", nous ne pouvons pas lire le second passage comme une interdiction pure et simple, "al takdich", de le consacrer, "chekvar néemar takdich", puisque le premier nous a expressément ordonné de consacrer.
Comment comprendre alors les deux versets ensemble ? "Emor mé'ata : makdicho ata hekdech ilouy, ve'ein ata makdicho hekdech mizbéa'h." Dis désormais que le verset ordonnant de consacrer vise le hekdech ilouy, une consécration de valeur : on peut consacrer la valeur du bekhor, ou déclarer cette valeur 'hérem. Et le verset interdisant de consacrer vise le hekdech mizbéa'h, la sainteté de l'autel : on ne peut pas consacrer un bekhor de manière à lui donner un nouveau statut de korban.
Les deux versets se partagent ainsi nettement le terrain. Là où la Torah dit que tu peux consacrer, il s'agit de la valeur, la somme que le bekhor représente pour celui qui le détient, et c'est là-dessus que le 'hérem prend effet. Là où la Torah dit que tu ne peux pas consacrer, il s'agit de la sainteté de l'autel : un bekhor ne peut pas être transformé en un autre type de korban. Une fois qu'un animal est bekhor, il demeure bekhor pour toujours.