Arakhin, chapitre 2, michna 6. Ce chapitre est bâti sur une longue série de minimums et de maximums, des cas où la halakha fixe un plancher ou un plafond à un nombre. Notre michna applique ce schéma à la musique du Beit Hamikdach : quel est le plus petit chœur de léviim autorisé à y chanter, et qui peut en faire partie ?
Douze léviim sur l'estrade
« Ein pokhtin michneim assar leviim omdim al hadoukhan » : on ne réduit jamais le chœur en dessous de douze léviim qui se tiennent sur le doukhan. Leur chant accompagnait le versement des nessakhim, les libations de vin qui accompagnaient le korban tamid, et il était exécuté à l'intérieur de la azara du Beit Hamikdach.
Le doukhan était une estrade surélevée qui traversait la cour principale et marquait la limite entre l'espace où se tenait le peuple et celui où entraient les kohanim. C'est sur cette estrade que se plaçaient les léviim chanteurs et les léviim instrumentistes.
Pourquoi douze comme plancher ? La taille du chœur avait été fixée pour correspondre au nombre de léviim qui jouaient d'un instrument chaque jour au Beit Hamikdach. Cet orchestre quotidien comprenait au minimum neuf kinorot, deux nevalim et une seule paire de cymbales, soit douze instrumentistes ; il fallait donc également douze chanteurs. Les sonneurs de trompettes n'entrent pas dans ce compte, car les trompettes étaient sonnées par des kohanim et non par des léviim. Les flûtes sont elles aussi exclues du décompte : elles ne résonnaient que douze jours par an et n'avaient donc pas de place dans la avoda quotidienne.
« Oumossifin ad leolam » : douze n'est qu'un minimum. On peut ajouter à ce nombre sans aucune limite, et tous les léviim supplémentaires qui souhaitent chanter peuvent se joindre au chœur.
Le mineur que l'on laisse entrer
En règle générale, toute avoda au Beit Hamikdach devait être accomplie par des adultes, et les léviim comptés ici, chanteurs comme instrumentistes, étaient des adultes. Notre michna rapporte à présent l'unique exception.
« Ein katan nikhnass laazara laavoda » : un lévi qui n'a pas encore atteint l'âge de la bar mitsva n'a pas le droit d'entrer dans la azara pour accomplir les tâches confiées aux léviim, parmi lesquelles balayer la cour et fermer les portes. « Ela bicha'a chehaleviim omdim bachir » : un seul moment fait exception, celui où les léviim prennent place pour le chant. À cette heure-là, les garçons qui n'avaient pas encore atteint leur majorité étaient les bienvenus pour y participer.
« Velo hayou omrim benevel ouvekhinor ela bape » : on ne leur confiait pas d'instruments, ni nevel ni kinor, car à cet âge un garçon n'a généralement pas encore le niveau de maîtrise exigé pour jouer au Beit Hamikdach. Ils participaient uniquement avec leur voix.
« Kedei liten tavel bane'ima » : leur rôle était d'enrichir la mélodie. Un jeune garçon chante dans un registre aigu, et lorsque de telles voix se mêlaient au chant plus grave des léviim adultes, il en naissait une douceur d'harmonie que les voix adultes seules ne pouvaient produire.
Rabbi Eliézer ben Yaakov : présents mais non comptés
« Rabbi Eliézer ben Yaakov omer : ein olin lamminyan » : bien que les jeunes garçons soient autorisés à chanter avec les adultes, ils n'entrent pas dans le compte du minimum de douze qui montent chanter.
« Veein omdim al hadoukhan, ela baaretz hayou omdim » : ils n'avaient pas non plus le droit de se tenir sur l'estrade aux côtés des léviim adultes. Ils se tenaient au sol, en contrebas.
« Verachehen mibein ragleihem chel leviim » : debout à cet endroit, levant les yeux vers les léviim surélevés sur le doukhan, leurs têtes semblaient n'arriver qu'à hauteur de la taille des léviim adultes, si bien qu'ils paraissaient placés entre leurs jambes.
« Vetsoarei haleviim hayou nikraïm » : ces jeunes chanteurs étaient appelés « ceux qui font souffrir les léviim ». Lorsque les léviim plus âgés entendaient combien la voix de ces garçons était douce, ils ressentaient la douleur de la comparaison, et c'est ainsi que les enfants ont hérité de ce nom.