Arachin, chapitre 2, mishna 4. La mishna précédente a énuméré les douze jours de l'année où l'on faisait sonner la flûte devant le mizbeach. Notre mishna pose la question qui s'impose ensuite : qui étaient ces musiciens ? Trois Tannaïm répondent, et leur désaccord repose sur un point inattendu : que peut-on apprendre sur les origines familiales d'un homme du simple fait qu'il a eu le droit de jouer dans le Beit Hamikdash ?
L'avis de Rabbi Meir
La mishna commence ainsi : "ve'avdei hakohanim hayou, divrei Rabbi Meir", ceux qui jouaient de la flûte étaient les esclaves kena'anim appartenant aux kohanim. Telle est l'opinion de Rabbi Meir.
Rabbi Meir considère que l'autorisation de jouer d'un instrument dans le Beit Hamikdash ne prouve absolument rien quant au statut juif d'une personne ni quant à son aptitude à s'unir à une famille juive. Puisque personne ne tirerait jamais une telle conclusion, les 'Hakhamim n'avaient aucune raison d'interdire à un esclave kena'ani, qui ne peut pas épouser une femme juive, de participer à la musique du Mikdash.
L'avis de Rabbi Yossé
La deuxième position est celle de Rabbi Yossé : "mishpe'hot Beit Hapegarim ou'Veit Tzeparya ou'me'Emaom hayou masi'im likehouna". Les musiciens, selon lui, étaient issus de trois groupes éminents : la famille de Beit Hapegarim, la famille de Beit Tzeparya et les gens d'un endroit appelé Emaom. Tous étaient des Yisraelim d'une généalogie sans la moindre tache, à tel point que des kohanim prenaient femme parmi leurs filles.
Pour Rabbi Yossé, le fait même qu'un homme ait joué dans le Beit Hamikdash pourrait plus tard être invoqué comme preuve de la pureté de sa lignée. C'est précisément pour cette raison que les 'Hakhamim n'auraient jamais laissé un esclave kena'ani approcher ces instruments. Seul un Juif dont l'ascendance était au-dessus de tout soupçon, comme les membres de ces familles, recevait ce rôle.
L'avis de Rabbi 'Hananya ben Antignos
Une troisième position est rapportée au nom de Rabbi 'Hananya ben Antignos, qui soutient "Levi'im hayou" : les hommes qui tenaient les instruments étaient des Levi'im.
Ce Tanna pousse le raisonnement un cran plus loin que Rabbi Yossé. À son avis, celui qui voit quelqu'un jouer dans le Mikdash en tirera deux conclusions, et non une seule : non seulement que la lignée de cet homme est pure, mais qu'il appartient au shevet Levi, avec la conséquence pratique qu'on pourra lui remettre le Ma'asser Rishon. Comme des conséquences aussi lourdes découlent de ce simple spectacle, les 'Hakhamim ont réservé le jeu des instruments à de véritables Levi'im.
Ce sur quoi tout le monde s'accorde
Le désaccord ne porte que sur les instruments. Quant au chant dans le Beit Hamikdash, il n'y a aucune ma'hloket : les trois opinions s'accordent pour dire que le chant était assuré par les Levi'im. Cela ne relève pas d'une déduction mais de pessoukim explicites.
"ve'sheret beshem Hashem Elokav kekhol e'hav haLevi'im"
Il servira au Nom de Hashem son Dieu, comme tous ses frères les Levi'im. En quoi consiste ce service, ce sheret ? Le mot est compris comme désignant la shira, le chant. On apprend de là que le chant dans le Beit Hamikdash revenait aux Levi'im, point sur lequel chacun des Tannaïm de notre mishna est d'accord.