Arakhin, chapitre 3, michna 2. Le chapitre s'est ouvert par la liste des cas où une seule et même loi peut se révéler tantôt indulgente, tantôt sévère, selon les circonstances. La michna reprend maintenant ces cas un à un et nous montre comment cela fonctionne. Le premier d'entre eux est le rachat d'un sdeh a'houza, un champ ancestral qui avait été consacré au Beit Hamikdash.
Qu'est-ce au juste qu'un sdeh a'houza ? C'est une terre qui est parvenue à un homme par héritage. Lorsque Bné Yisraël sont entrés en Erets Yisraël sous la conduite de Yehochoua bin Noun, le pays a été réparti entre les tribus et les familles ; sa famille a alors reçu sa part, et cette part est passée de père en fils jusqu'à lui. S'il consacre un tel champ au hekdech, si bien qu'il devient propriété du Beit Hamikdash, puis décide plus tard qu'il veut le récupérer, la somme qu'il verse n'a aucun rapport avec la valeur réelle du champ. La Torah fixe un prix, et c'est ce prix qu'il paie, que la parcelle soit précieuse ou presque sans valeur.
Indulgence et sévérité dans une seule loi
La michna énonce : « Bisdeh a'houza lehakel ulеha'hmir. » Lorsqu'un champ ancestral consacré est racheté, une seule et même règle peut jouer en faveur du propriétaire ou contre lui. « Keitsad ? » De quelle manière ? Imaginons deux hommes qui consacrent chacun un champ. Du premier la michna dit « e'had hamakdich be'holat hama'hoz » : il a consacré un sol sablonneux aux abords de la ville, un terrain que les passants foulent en allant et venant, une terre qui ne rapporte presque rien. Du second elle dit « ve'e'had hamakdich bepardessot Sevasti » : il a consacré une parcelle parmi les vergers de Sevasti, la ville qu'Hérode a bâtie en Chomron avec ses jardins magnifiques, une terre de la meilleure qualité et du prix le plus élevé. Pour tous les deux, la Torah tranche de la même façon : « noten bezera 'homer se'orim 'hamichim chekel kessef. » Toute étendue de terrain assez vaste pour être ensemencée avec un 'homer d'orge, et un 'homer vaut trente séa, se rachète pour cinquante chékels d'argent. Cinquante, pour chacune de ces mesures de terre. À cela le propriétaire ajoute un cinquième lors du rachat. Mais le chiffre de base ne bouge jamais, ni pour la terre à bas prix, ni pour la terre coûteuse.
Ce tarif fixe s'applique lorsque la consécration et le rachat tombent tous deux au début d'un cycle de cinquante ans de Yovel, dans sa première année. La massekhet reprend cette précision plus loin et la développe en détail.
Le champ acheté
« Uvisdeh mikna noten et chovyo. » Supposons en revanche que le champ ne lui soit pas venu du tout par sa famille : il l'a acquis par achat, puis l'a consacré. Pour ramener ce champ en sa propre possession et en faire son usage, il doit payer ce qu'il vaut sur le marché.
Mettez les deux cas côte à côte et vous verrez où résident l'indulgence et la sévérité. Le champ acheté se rachète toujours à sa valeur. Le champ ancestral se rachète au tarif fixe de cinquante chékels. Ainsi, si le champ ancestral qu'il reprend au Beit Hamikdash est une terre médiocre et qu'il doit malgré tout verser cinquante chékels, il paie plus que la valeur du champ, et le tarif fixe se révèle sévère. Et si le champ ancestral est une terre de choix, coûteuse, et qu'il ne paie que ces mêmes cinquante chékels, le tarif fixe se révèle indulgent.
Deux points à garder en tête
Premièrement, un champ ancestral revient de lui-même à la famille qui l'a reçu en héritage, même si le propriétaire l'avait consacré au Beit Hamikdash. À l'arrivée du Yovel, la propriété retourne automatiquement à la famille d'origine. Toute notre discussion porte donc sur les années qui précèdent le Yovel.
Deuxièmement, lorsque nous parlons de la valeur marchande à laquelle se rachète un champ acheté, cette évaluation dépend de plusieurs facteurs : la superficie du champ, la qualité de son sol, et le nombre d'années qui restent jusqu'au Yovel. Car au Yovel, ce champ-là aussi doit être rendu à la famille qui l'avait reçu au temps de Yehochoua bin Noun. La terre retrouve toujours ses propriétaires d'origine au Yovel, et le prix du rachat doit en tenir compte.
L'avis de Rabbi Eliézer
« Ribbi Eliezer omer : e'had sdeh a'houza ve'e'had sdeh mikna. » Selon Rabbi Eliézer, les deux types de champs, celui reçu en héritage et celui acheté, sortent du hekdech au prix fixé par la Torah : cinquante chékels d'argent par surface ensemencée d'un 'homer d'orge. Mais si le paiement est identique dans les deux cas, « ma bein sdeh a'houza lisdeh mikna ? » qu'est-ce qui les distingue encore ? La Torah les présente comme deux lois distinctes, il faut donc bien que quelque chose les sépare. Réponse de Rabbi Eliézer : « Ella chebisdeh a'houza noten 'homech, uvisdeh mikna eino noten 'homech. » L'unique différence tient au cinquième. Rachète ton champ hérité et tu ajoutes un cinquième à la somme ; rachète un champ que tu avais acheté et aucun cinquième n'est dû. D'après lui, rien d'autre ne sépare les deux cas : les mêmes cinquante chékels vont au Beit Hamikdash dans un cas comme dans l'autre, et le 'homech ne s'attache qu'au champ ancestral.
Le Tanna Kamma, le premier avis exprimé dans la michna, voit les choses autrement. Certes, le cinquième relève du champ ancestral et n'est jamais réclamé pour un champ acheté, mais les différences ne s'arrêtent pas là. La manière même de calculer le paiement n'est pas identique : le champ hérité sort du hekdech pour la somme fixe de cinquante chékels d'argent prescrite par la Torah, tandis que le champ acheté en sort pour ce que la terre vaut sur le marché.