Arachin, chapitre 7, Mishnah 1. Avec ce perek, la massekhet entre dans ses trois derniers chapitres, qui abordent un sujet entièrement nouveau : celui qui consacre au Beit Hamikdash une terre située en Eretz Yisrael. Notre perek s'ouvre sur trois mishnayot traitant d'un homme qui a sanctifié le champ hérité de ses ancêtres et qui souhaite désormais le récupérer en payant le Hekdesh. Avant de pouvoir suivre la mishnah, il faut un bref rappel sur la manière dont les champs sont détenus en Eretz Yisrael.
La terre en Eretz Yisrael et le Yovel
La Torah établit qu'une terre vendue en Eretz Yisrael ne reste pas vendue. La cinquantième année, celle du Yovel, le champ revient à la famille qui l'avait reçu en portion lorsque Yehoshoua bin Noun et le peuple ont conquis et partagé le pays, et qui le transmet de père en fils depuis lors. Remontez suffisamment loin l'histoire de n'importe quel champ et vous arrivez à cet ancêtre initial ; un champ doté d'une telle filiation s'appelle sdeh a'houzah, un champ d'héritage. Puisqu'il retourne inévitablement à cette famille l'année du Yovel, acheter un bien immobilier en Eretz Yisrael n'est jamais une acquisition définitive. Ce qui ressemble à une vente fonctionne plutôt comme une location de longue durée.
La Torah donne un ensemble de lois parallèles pour un champ consacré au Hekdesh puis racheté au trésor du Beit Hamikdash. Si le propriétaire rachète son champ ancestral avant l'arrivée du Yovel, le champ redevient le sien. Mais si le Yovel arrive sans qu'il l'ait racheté, ou si quelqu'un d'autre l'a racheté ou acheté au trésor avant lui, le champ lui est définitivement perdu. Dans ce cas, le Yovel ne lui apporte aucun secours.
Le rachat auprès du Beit Hamikdash ne se fait pas à la valeur du marché. La Torah fixe la somme selon le nombre d'années qui restent jusqu'au prochain Yovel. Celui qui sanctifie un champ et le rachète juste au début d'un nouveau cycle paie cinquante shekalim pour une parcelle de beit kor, une étendue de trente beit se'ah. S'il rachète plus tard, les années déjà écoulées sont déduites, de sorte que le prix ne couvre que ce qui reste à venir. Comme un cycle compte quarante-neuf années, une année revient à un shekel et une fraction : cinquante shekalim répartis sur quarante-neuf ans.
Un conseil pratique : évitez les deux dernières années
La mishnah commence par une recommandation destinée à celui qui envisage de sanctifier son champ d'héritage alors que le Yovel est presque là. « Ein makdishin lifnei haYovel », on ne consacre pas un champ avant le Yovel, « pa'hot mishtei shanim », quand il reste moins de deux ans.
Il n'y a ici aucune interdiction ; la mishnah protège la bourse de cet homme. Une guezerat hakatouv, une règle apprise des versets, établit que dès lors qu'il reste moins de deux ans, celui qui rachète son champ ancestral au trésor doit payer les cinquante shekalim en entier, et non la somme modeste correspondant à l'année ou aux deux années encore au compteur. Comparez-le à celui qui rachète deux ans après le début du cycle : il déduit le temps déjà écoulé et débourse quelque chose comme quarante-sept shekalim. À la toute fin du cycle, les chiffres s'inversent : il ne reste presque rien, et la Torah exige malgré tout les cinquante shekalim. Racheter une période aussi brève coûte ruineusement cher.
Et il voudra réalistement récupérer son champ, puisqu'un champ non racheté à l'arrivée du Yovel quitte définitivement la famille. Le conseil de la mishnah est donc d'ordre financier : évitez de consacrer votre terre d'héritage durant les deux dernières années du cycle. Rien ne l'en empêche s'il y tient, mais il aura commis une erreur coûteuse.
Le rachat se calcule en années entières
« Velo go'alin le'a'har haYovel », et on ne rachète pas après le Yovel, « pa'hot mishanah », pour une durée inférieure à une année entière. Celui qui se présente pour racheter au milieu d'une année ne peut pas en payer une fraction ; cette année lui est facturée en entier.
Prenons quelqu'un qui rachète six mois après le Yovel. Il aimerait plaider qu'une demi-année seulement s'est écoulée, qu'il reste donc quarante-huit ans et demi de valeur et que c'est ce qu'il doit payer. La mishnah enseigne le contraire : l'année partielle compte comme une année complète, et il paie pour quarante-neuf ans. La même règle vaut à chaque point du cycle. Dès qu'une personne se trouve au milieu d'une année, cette année est comptée intégralement, et la part déjà écoulée ne peut pas être retranchée du total. Le prix du rachat se calcule toujours en années complètes, et cela aussi est déduit du pasouk.
Deux règles qui semblent tirer en sens contraire
À première vue, les deux règles se contredisent. S'il reste cinq ans et demi, le propriétaire paie pour six : la demi-année restante est arrondie en année complète. Pourquoi la même logique ne s'appliquerait-elle pas quand il reste un an et demi ? Si une demi-année peut compter comme une année, alors un an et un jour devraient compter comme deux, ce qui placerait le propriétaire hors de la période restreinte et lui donnerait droit au tarif annuel plutôt qu'au forfait de cinquante shekalim. Une halakhah gonfle le fragment en un tout ; l'autre refuse de le faire. Qu'est-ce qui détermine le sens dans lequel le fragment penche ?
La réponse de la mishnah : « Ein me'hashevin 'hodashim lahekdesh », on ne compte pas les mois au bénéfice de celui qui paie, « aval hahekdesh me'hashev 'hodashim », mais le Hekdesh, lui, compte bien les mois lorsqu'il y a intérêt. Celui qui règle sa dette au trésor ne peut pas découper l'année en moitiés et en quarts ; l'année entière est facturée. Quarante-sept ans et demi restants signifient payer pour quarante-huit. Chaque arrondi joue en faveur du Hekdesh. Et le Hekdesh, de son côté, comptera volontiers les mois chaque fois que ce décompte le sert. Ainsi, s'il reste un an et demi, cette demi-année n'est pas gonflée en une seconde année complète. Elle est appelée pour ce qu'elle est, moins d'un an, ce qui place notre homme à l'intérieur des deux dernières années, et les cinquante shekalim entiers sont dus.
Le calcul du prix du sdeh a'houzah
La mishnah expose maintenant les chiffres concrets. « Hamakdish et sadehou bish'at haYovel » : celui qui sanctifie son champ d'héritage à une époque où le Yovel est en vigueur. Le Yovel ne s'applique que lorsque la majorité d'Israël habite en Eretz Yisrael, chaque shevet installé sur sa portion. Là où le Yovel n'est pas observé, le rachat suit la valeur du marché et non l'échelle fixée par la Torah. Les chiffres qui suivent concernent donc une époque de Yovel actif, et le cas décrit est celui d'un homme qui rachète pendant l'année qui suit le dernier Yovel.
« Noten bezera 'homer se'orim », il paie pour une terre qui absorbe un 'homer de semence d'orge, « 'hamishim shekel kessef », cinquante shekalim d'argent. Cette mesure de terrain est le beit kor décrit plus haut.
« Hayou sham neka'im », s'il y avait dans la parcelle des crevasses, « amoukim assarah tefa'him », profondes de dix tefa'him et remplies d'eau, « o sla'im guevohim », ou des rochers hauts de « assarah tefa'him », dix tefa'him, alors « ein nimdadim imah », ils n'entrent pas dans la mesure. L'espace qu'ils occupent est exclu de la superficie évaluée à cinquante shekalim, car ce tarif a été fixé pour une terre cultivable, non pour des ravins gorgés d'eau ou des rochers saillants où rien ne pousse.
« Pa'hot mikan, nimdadin imah ». Les crevasses de moins de dix tefa'him de profondeur et les rochers de moins de dix tefa'him de hauteur sont inclus dans la mesure. Halakhiquement ils sont batel, négligeables par rapport à l'ensemble du champ ; ces portions sont donc comptées lors du mesurage du beit kor, et elles sont rachetées au tarif des cinquante shekalim comme tout le reste.
Racheter plus tard dans le cycle
Tout ce qui précède supposait un rachat pendant la première année du cycle. Qu'en est-il de celui qui se présente plus tard ? « Hikdishah shtayim o shalosh », s'il l'a sanctifié deux ou trois « shanim lifnei haYovel », années avant le Yovel, alors « noten sela oupoundeyon leshanah » : le prix est d'un sela plus un poundeyon, une toute petite pièce, pour chaque année restante. Deux années pleines restantes, c'est-à-dire véritablement plus de deux ans et donc en dehors de la période restreinte, donnent deux sela'im et deux poundeyonot. Ce chiffre étrange provient de la division vue plus haut : cinquante shekalim couvrent quarante-neuf années, donc une année revient à un shekel plus un petit reste. Cinquante, c'est le prix de la totalité des quarante-neuf années, et la part d'une seule année est cette moyenne, un shekel et des poussières.
Pas de paiement échelonné
Peut-on répartir la somme sur les années ? « Im amar hareni noten », si celui qui rachète propose : je paierai « devar shanah beshanah », le montant dû pour chaque année au fur et à mesure qu'elle arrive, plutôt que de produire le total d'avance, la mishnah répond « ein shom'in lo », sa proposition est refusée, « ela noten et koulo », il remet la somme entière, « ke'e'had », en un seul versement. Vouloir récupérer le champ signifie payer intégralement sur le champ. Les pessoukim l'enseignent également : le Hekdesh n'accorde pas de facilités de paiement.