Le trente-septième « cheder » dans le palais du Hayom Yom.
Dimanche 26 Tevet 5703.
Chiourim : Houmach, on commence une nouvelle paracha dans le livre de Chemot - parachat Vaéra. Dimanche, première partie, avec le commentaire de Rachi.
Tehilim, le 26 du mois : on dit dans le chapitre 119 à partir de la lettre Mem, qui commence par le mot « Ma », jusqu'à la fin du chapitre, à la fin de la lettre Tav, « Lo chakhaḥti ».
Tanya : on commence ce jour le chapitre 14, depuis le mot « Vehiné » jusqu'à la page 38, aux mots « likhpor haémet ».
Nous avons aujourd'hui un enseignement très court, qui vient expliquer un passage précis dans l'une des berakhot de la prière de la Amida (Chemoné Esré) - la berakha appelée en abrégé « Birkat haMinim », que nous connaissons par ses premiers mots « VeLaMalchinim ». Il y a ici une remarque intéressante sur le noussa'h de cette berakha.
La source de cet enseignement se trouve dans une lettre que le Rabbi Rayatz envoya à un Juif nommé Ulman, qui avait posé au Rabbi différentes questions à propos de la prière. La réponse est divisée en paragraphes - paragraphe a) pour la question a), et ainsi de suite - et lorsqu'il arrive à la deuxième question, ce Juif demande quel est le noussa'h du Ari dans Birkat haMinim.
Quelle est la question ? On sait qu'il y eut certaines époques où, à cause de la censure - c'est-à-dire à cause du gouvernement - divers changements furent apportés à cette berakha, afin qu'on ne puisse pas dire « les Juifs prient contre eux », etc., et pour atténuer la crainte du pouvoir des nations. Mais ce Juif demande au Rabbi Rayatz quel est le texte exact selon le noussa'h du Ari - et non le texte que l'on fut parfois contraint de modifier.
Le Rabbi Rayatz lui répond, et cite dans la lettre même : « Le noussa'h auquel on m'a habitué depuis mon enfance, et que j'ai également entendu de » son père - car lorsque son père était officiant et disait la Chemoné Esré à voix haute, il pouvait entendre le texte. Il cite dans la lettre, avec précision, la formulation qu'il faut dire, sans aucun doute : « veLaMalchinim », « vekhol oyvei amekha mehéra yikaretou », « oumalkhout harich'a mehéra » - le texte sans aucune modification.
Plus loin, il est question des quatre expressions de cette berakha, qui semblent se rapporter toutes à cette même malkhout harich'a, etc. : « té'aker », « outechaber », « outemaguer », « outakhnia ». Le Rabbi renvoie au livre « Chaar haKolel », où ces quatre expressions sont expliquées. Le « Chaar haKolel » précise d'abord qu'il faut dire « outakhnia » au singulier, et non « outakhniem » au pluriel comme cela est écrit dans certains siddourim - comme s'il s'agissait des malfaiteurs et de la malkhout harich'a au pluriel ; il faut au contraire dire « outakhnia » au singulier, et il en donne également la raison.
Lisons maintenant l'enseignement, dans lequel le Rabbi rapporte brièvement cette raison et développe un peu ce qui est écrit dans le « Chaar haKolel ». Voici ce que dit l'enseignement : « Dans la berakha 'veLaMalchinim', on marque une légère pause entre 'outemaguer' et le mot 'outakhnia' ». C'est ce que le Rabbi Rayatz entendait de son père : on dit « té'aker outechaber outemaguer », on s'arrête un instant, puis on dit « outakhnia », et non d'un seul trait. Pourquoi ? Cela correspond à l'intention profonde, comme l'explique le « Chaar haKolel », et le Rabbi en résume ici le sens.
« 'Té'aker outechaber outemaguer' - les trois premières expressions, que l'on dit d'affilée - correspondent aux trois klipot impures qui doivent être entièrement supprimées », comme l'explique le Tanya : il existe trois klipot totalement impures que l'on ne peut pas rectifier et qu'il faut annuler ; et à la venue du Machia'h leur annulation sera totale. C'est à leur sujet que l'on dit « té'aker outechaber outemaguer ».
Et pourquoi trois expressions et non une seule ? Le « Chaar haKolel » explique que les trois klipot impures ne sont pas identiques - la première est la pire, la deuxième un peu moins, la troisième un peu moins encore - même si toutes trois sont des klipot qu'il faut faire disparaître ; c'est pourquoi change la formulation de la demande adressée au Saint béni soit-Il quant à la manière de les annuler. Pour la première, la pire, on dit « té'aker » - qu'elle soit déracinée totalement, sans laisser de trace. Pour la deuxième, un peu plus faible que la première, on dit « outechaber » - non pas un déracinement total, mais un brisement. Et pour la troisième, plus faible encore, on dit « outemaguer » - qu'elle soit renversée d'ici et qu'elle ne soit plus.
Mais lorsqu'il s'agit de la quatrième klipa, quelle est la formulation ? « 'Outakhnia' correspond à klipat noga, qui a besoin d'être soumise ». Klipat noga n'occupe pas seulement la quatrième place dans l'ordre des klipot, elle est totalement différente : le Juif peut, par un usage correct, la rectifier et la transformer en sainteté, car elle est un mélange de bien et de mal. C'est pourquoi la demande est « outakhnia » - il faut soumettre la part de mal à la part de bien ; il y a en elle un birour, et il est possible de la clarifier et de la transformer en bien. Voilà pourquoi la formulation change.
On comprend ainsi non seulement pourquoi la formulation change, mais aussi pourquoi il faut marquer une certaine pause - car il s'agit en réalité de deux catégories de klipot : les trois klipot totalement impures forment une catégorie, et klipat noga une autre, et c'est pourquoi on fait une pause entre elles.
On trouve aussi une allusion à la suite des halakhot du Rambam. Comme nous l'avons dit, le Rabbi fait allusion dans les enseignements aux livres du Rambam, et nous nous trouvons à présent dans le deuxième livre - Sefer Ahava. Nous avons parlé auparavant de l'allusion aux Hilkhot Kriat Chema, et les halakhot suivantes sont les Hilkhot Tefila ; et l'on voit ici de manière concrète le lien avec les Hilkhot Tefila, puisque tout l'enseignement porte sur une explication relative à la prière. Il est donc clair que cela fait allusion aux Hilkhot Tefila du deuxième livre du Rambam.